Depuis le déclenchement de la crise des subprime, les marchés financiers sont particulièrement chahutés. Certes, la crise de l’immobilier américain n’est plus la source même des soubresauts de volatilité observés dernièrement, mais ses conséquences insidieuses posées en termes de problèmes structurels d’endettement se font aujourd’hui ressentir globalement. Dans cet environnement perturbé, y a-t-il des outils permettant à l’investisseur de naviguer au travers de ces eaux troubles?

Dans la palette des outils de gestion figurent les indicateurs avancés. Leur nom fait référence à leur finalité qui est de prévoir le rythme de l’activité économique. Autrement dit, ils sont utilisés pour faire des prévisions de croissance, l’un des paramètres nécessaires aux modèles d’évaluation des actifs financiers.

Rechercher les indices

Que ce soit pour le marché des actions ou celui des obligations, les prix observés peuvent en effet s’interpréter comme des projections de croissance. Dans ce contexte, la décision d’investir se déduit de la confrontation de la vue implicite du marché avec la vision subjective qui peut s’en écarter. Des perspectives de croissances bénéficiaires d’une société jugées trop faibles en l’état de son cours en bourse sont un argument d’achat du titre associé.

Sous cet angle, la recherche d’indices permettant d’estimer au mieux le pouls de l’activité économique apparaît comme pleinement justifiée. Si bon nombre d’indicateurs existent actuellement, les plus populaires suivent une logique très similaire. En substance, ces indicateurs sont une moyenne pondérée d’une dizaine de variables qui représentent trois thèmes essentiels: les carnets de commande, la situation financière et l’emploi. Mais quel est le caractère avancé de ces différentes composantes?

Les carnets de commande

Le premier thème évoqué présente l’interprétation prévisionnelle la plus évidente: des carnets de commandes bien remplis laissent présager un rythme soutenu de l’économie. En sus des biens de consommation courante et d’investissement, le marché immobilier est également pris en considération au travers des statistiques des mises en chantier.

La situation financière et l’emploi

Le deuxième thème fait référence à certaines variables financières. Alors que l’augmentation de l’offre de monnaie est supposée doper les dépenses de consommation, les prix des actions et la courbe des taux d’intérêt révèlent les effets de richesse et les anticipations de croissance du marché. Ces variables n’ont toutefois qu’une influence indirecte sur l’activité économique. Il ne s’agit que de mesures présumées influencer le comportement des ménages. A ce propos, il est légitime d’inclure dans cette catégorie le sentiment des consommateurs qui figure le plus souvent dans la construction des indicateurs dont il est question. De même, la situation sur le marché de l’emploi, qui constitue le troisième thème abordé, peut s’interpréter comme un facteur déterminant de la consommation. D’un autre côté, la force de travail employée, conjuguée au nombre d’heures effectuées, permet d’évaluer les capacités de production.

Que nous disent ces indicateurs aujourd’hui? Depuis le mois d’octobre 2011, la valeur produite par l’institut Conference Board aux Etats-Unis n’a cessé d’augmenter. Sur les dix variables recensées, seules trois ont contribué négativement à la progression de l’indicateur dans le cadre de la dernière donnée disponible. En somme, l’amélioration conjoncturelle devrait se poursuivre selon la moyenne concoctée, une conclusion qui tend à accroître la prise de risque dans le cadre d’un mandat de gestion.

Anticiper les cours boursiers…?

Extrapolant le lien entre l’économie et la finance, il est tentant d’anticiper la direction des cours boursiers en fonction de l’évolution de l’agrégat. Une simple analyse statistique démontre cependant que l’indicateur sous revue n’a que peu de pouvoir prévisionnel à ce sujet. La pondération des constituants définissant la moyenne calculée ne serait-elle pas optimale? Plus probablement, les fluctuations des prix des actifs ne peuvent pas s’expliquer par les seules variables considérées dans l’indice composite. Dans le cas de la crise actuelle, le risque systémique lié aux tensions sur certaines dettes souveraines ne peut être appréhendé qu’indirectement par les variables sous-jacentes à l’indice de référence.

Quelle est alors l’utilité de ce type d’information? Voguant au milieu d’un océan, allez-vous larguer vos instruments de navigation sous prétexte que ceux-ci ne savent pas prévoir les vagues scélérates? Certes, les outils à disposition ne permettent pas d’éviter toutes les tempêtes. Ni l’économie, ni la finance ne sont à l’abri de chocs difficiles à prévoir. Mais si prendre conscience de l’information disponible ne signifie pas pour autant savoir prédire avec exactitude, à défaut, ne pas l’utiliser présente le danger de ne pas déceler des signes inquiétants. Si les prémices de la crise des subprime avaient été données par les statistiques immobilières, il n’était pas possible d’en estimer l’ampleur sans faire une analyse globale des effets de levier. Ceux-ci dépassaient en effet très largement le cadre du seul marché immobilier américain pour toucher l’entièreté du système financier.

Un impératif: la transparence de l’indicateur

Dans cette perspective, l’intérêt que présente un indicateur sera tributaire de sa transparence. Pour pouvoir juger son utilité dans une problématique donnée, il est essentiel de pouvoir comprendre les causes de son évolution. C’est seulement au travers de cette explication que pourront alors être évaluées les répercussions qui dépassent les seules variables considérées dans l’agrégat.

Dans l’environnement actuel, le risque demeurant le plus important est relatif à un élément qui n’est pas directement quantifié par les variables susmentionnées. Confronté aux signes de redressement conjoncturel, le spectre d’un retour subit des crispations à l’égard des finances publiques de certains pays européens milite encore en faveur d’une exposition modérée aux actifs risqués.