Plus d'un tiers (41%) des ménages suisses est relié à Internet, mais la part de la population qui effectue ses achats sur le Net ne dépasse guère 9%, alors qu'elle s'élève déjà à 17% aux Etats-Unis. Le commerce électronique ne représente donc qu'une part encore insignifiante du marché de la distribution. Une part qui devrait toutefois croître fortement, pour s'élever d'ici à 2005 à 10%, voire à 12% des ventes dans plusieurs catégories de produits (confection, accessoires, jouets). Dans les livres, les supports musicaux, les logiciels et l'électronique de divertissement, cette part devrait même atteindre 25%. C'est du moins l'une des conclusions d'une étude étoffée présentée lundi à Zurich par le cabinet de révision et de conseils Ernst & Young. Une étude qui a été menée en octobre et en novembre 2000 auprès de 7700 consommateurs répartis dans 12 pays. Y compris en Suisse, où sept entreprises et 227 personnes ont été interrogées.

Si ces prévisions sur les perspectives flamboyantes du commerce électronique se situent dans le sillage d'études plus anciennes, elles n'en laissent pas moins de surprendre. Au vu notamment de l'évolution de la grande distribution. Mais aussi des difficultés rencontrées dernièrement par certains des principaux acteurs du commerce en ligne. A l'instar par exemple d'«Amazon.com», un site marchand spécialisé dans les livres et qui fait figure de site de prédilection des Suisses, en termes de nombre de transactions (voir graphique ci-dessus), selon Ernst & Young. Car le livre reste le produit le plus demandé sur la Toile, suivi de près par les CD et les accessoires informatiques. Du moins au plan mondial. Car si en Suisse, les livres concernent 61% des achats faits sur le Net, les réservations et achats de billets occupent la troisième place, devant les CD. La part des prestations financières y est également plus importante qu'ailleurs (21% des opérations).

Des achats qui, selon Ernst & Young, se montent tout de même en moyenne à plus de 1300 francs par transaction, grâce aux commandes de matériel informatique.

Une part de 12 à 25% des achats sur le Web d'ici à cinq ans? Voilà une perspective qui surprend tout de même les spécialistes de la distribution.

Vente multicanaux

A l'instar de Thomas Hochreuter, de l'institut d'études de marché IHA-GFM. «Les grands de la distribution augmentent en effet régulièrement leurs surfaces de vente. Ce qui va à l'encontre de l'explosion attendue du e-commerce.» De 1990 à 1999, le groupe Coop a par exemple accru ses surfaces de vente de plus de 50% et Migros (sans Globus) de 36%. «Ce qui montre à quel point la clé du succès réside aujourd'hui dans une approche de vente multicanaux», conclut Manuel Aeby, associé de Ernst & Young en charge de ce secteur.

Enfin, si quelques acteurs de ce marché, tels que le romand Le Shop, s'adressent plus particulièrement à une clientèle de femmes actives sur le plan professionnel, l'étude menée par Ernst & Young révèlse qu'en Suisse, l'achat en ligne reste un bastion masculin, à raison de 80% des utilisateurs.