Pour Mickey et Goofy, les nouvelles ne sont vraiment pas bonnes. La fièvre aphteuse qui rôde autour de Disneyland Paris oblige l'usine à fantasmes à mettre en quarantaine ses chevaux, ses porcs et ses cerfs. Mais une fièvre tout aussi insidieuse affecte le cœur de l'empire du divertissement: le ralentissement de l'économie américaine ronge les bénéfices de l'industrie de la consommation dont Disney, avec ses studios et la chaîne ABC, est un des poids lourds.

Dans un message électronique à leurs «dear fellow cast members», Michael Eisner et Robert Iger, les deux maîtres du groupe, ont annoncé que par ces temps troublés ils étaient malheureusement contraints de prendre «la plus difficile série de décisions de ces vingt dernières années»: 4000 emplois auront disparu en juillet prochain. Les employés pourront accepter «volontairement» un plan social (250 millions de dollars au total) dans les dix jours. Si ça ne suffit pas, des licenciements suivront, moins bien indemnisés. Disney emploie dans le monde 120 000 personnes, dont 77 000 dans ses parcs à thèmes. Le groupe refuse de dire comment se répartiront les suppressions de postes; il se contente d'indiquer que les coupes auront lieu partout, donc en France aussi, et dans tous les secteurs. Disney avait déjà éliminé 535 emplois dans ses activités Internet, et ABC est au régime maigreur.

Autres annonces

de licenciements

Les résultats de Disney ne sont à vrai dire pas mauvais (l'action se comportait bien dans un marché lugubre, avant de s'effondrer hier matin), mais les prévisions le sont. Les parcs, d'abord, annoncent une baisse des réservations, en particulier aux Etats-Unis. Le recul de la demande entraîné par l'effondrement boursier se fait sentir aussi dans le tourisme de masse. Le petit regain de confiance des consommateurs mesuré il y a deux jours, et qui a été salué par la Bourse, ne permet pas d'affirmer que la contraction de l'économie est freinée; les cours d'ailleurs ont repris leur descente, sous l'effet d'une série de mauvaises nouvelles accompagnant celles venant de Burbank, le centre californien de Disney.

Palm, le pionnier de l'organisateur électronique de poche, annonce une perte de 1,9 million de dollars au dernier trimestre, son action s'est effondrée jusqu'à 50% à la mi-séance, et 250 emplois (près de 15% des effectifs) vont être sacrifiés. Chez Nortel, le géant canadien de l'équipement de communication, qui annonce aussi des pertes, la coupe sera massive: 5000 postes supprimés. Trois à quatre mille pertes d'emplois encore chez ADT Telecommunications. Ces coups de hache s'ajoutent à ceux déjà annoncés chez Ericsson et chez Motorola, dans le groupe audio-visuel NBC, qui appartient à General Electric, chez AOL Time-Warner, où 3800 suppressions de postes dans la distribution sont prévues après une première charrette de 2000 licenciements.

Pour Disney, comme pour les autres groupes de communication, le tassement économique s'accompagne d'une contraction douloureuse du marché publicitaire, qui coupe les moyens de la production et anémie encore la qualité de la programmation télévisuelle.

Désaccord syndical

Mais un autre facteur entre en jeu dans la cure d'amaigrissement qu'a décidée Disney, et qui apparaît dès lors aussi préventive. Les scénaristes (ils sont 15 000 aux Etats-Unis) et les acteurs menacent de se mettre en grève. Les négociations de nouveaux contrats sont au point mort, et l'échéance se rapproche: 1er mai pour les écrivains, fin juin pour les comédiens. Le désaccord entre les majors et leurs employés est abyssal: les premiers disent que les revendications des scénaristes leur coûteraient 19% de plus, alors que le syndicat évalue la facture additionnelle à 2%. Jeffrey Katzenberg, qui dirige désormais le Dreamworks qu'il a créé avec Steven Spielberg, est à la pointe de la résistance. Céder dans cette négociation, s'écrie-t-il, reviendrait à mettre Hollywood en faillite en lui imposant un surcoût de 1,6 milliard en trois ans. Disney, qui s'attend à la guerre, a voulu se mettre en ordre de bataille, et cela va coûter cher aux «dear fellow cast members».