Presque tous les économistes s’y sont ralliés: face à des marchés inquiets de la liquidité de la zone euro, seule la Banque centrale européenne – la BCE – peut stopper l’incendie des dettes souveraines.

L’argument est un peu celui de la dissuasion monétaire. Prêteur en dernier ressort des Etats, l’institut d’émission garantirait à ces derniers la solvabilité qui leur fait tant défaut pour regagner la confiance des bailleurs de fonds. Une confiance indispensable pour faire baisser les taux, dont les envolées étouffent les pays surendettés.

Ce débat sera en toile de fond de la rencontre, ce lundi à Paris, entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, puis il dominera jeudi et vendredi, à Bruxelles, le sommet européen. Or, tout comme l’emploi de l’arme atomique est régi par une procédure implacable, le recours à l’arme monétaire ne peut être envisagé sans la garantie d’une profonde convergence de vues et d’actions, dont le sacro-saint respect des traités invoqué par Berlin n’est qu’une facette.

Le Financial Times, qui compare la volonté allemande de mener à bien un «marathon» de réformes douloureuses à l’envie française d’un «sprint» électoraliste, a résumé la complication. La zone euro, force de frappe de la BCE ou non, restera malmenée si une riposte lisible, via l’instauration immédiate de freins constitutionnels à l’endettement ou d’abandons encadrés de souveraineté budgétaire, n’est pas entérinée. Le «donnant-donnant» pour sauver la monnaie unique ne peut plus se résumer à la création de fonds «pare-feu», voire à de simili euro-obligations.

Le débat de cette semaine, donc, n’est plus financier. Il est existentiel et pourrait engager l’Union – si l’Allemagne obtient gain de cause – pour le prochain quart de siècle. La France, dominée par un discours communautaire à usage national, mesure-t-elle ce que Berlin exige? L’Eurozone dans son ensemble n’a-t-elle plus d’autres remparts que la BCE? Par quoi les futurs transferts de souveraineté seront-ils compensés? La dissuasion monétaire exige d’apporter toutes les réponses. Lesquelles permettront peut-être d’ailleurs – comme pour l’arme nucléaire – de ne pas l’utiliser.