*Head Foreign Exchange Strategy, UBS Chief Investment Officer (CIO) WM Research

Suite à l’effondrement du marché de l’immobilier résidentiel outre-Atlantique et à l’éclatement de la crise de la dette souveraine en Europe, l’explosion des bilans de la Réserve fédérale américaine et de la Banque centrale européenne fait peser de gros risques sur les principales monnaies.

L’évolution pour le moins inquiétante des grandes économies au cours des dernières années a profondément marqué les stratégies des portefeuilles. La protection de la fortune a désormais pris le pas sur l’optimisation du rendement. L’éclatement de la crise financière a rendu frileux bon nombre d’investisseurs qui évitent désormais le risque. Sans compter que la formule habituellement utilisée pour contrer le risque de change – la couverture des positions en monnaie étrangère – n’a plus fonctionné comme à l’accoutumée.

Une telle couverture, qui revient à réduire l’exposition aux monnaies étrangères, est normalement la meilleure stratégie pour atténuer l’impact des fluctuations de change dans un portefeuille. Mais l’efficacité de cette démarche est mise à rude épreuve dès lors que la valeur à long terme des principales monnaies (euro, dollar américain et yen) peut et doit être remise en question. Face au risque d’inflation à long terme de la monnaie de référence ou, dans le cas de l’euro, face au risque (faible, mais non négligeable) d’éclatement de cette zone monétaire, le fait d’abaisser l’exposition aux monnaies étrangères est une stratégie bien fragile de réduction du risque. L’investisseur n’a donc plus d’autre choix que de diversifier dans un plus large éventail de monnaies. S’il n’est plus à l’aise avec sa monnaie de référence ou sa monnaie domestique, il doit se tourner vers d’autres horizons.

L’univers monétaire se découpe en trois grandes régions: le G3 (Etats-Unis, zone euro, Japon), les autres pays développés (Royaume-Uni, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Suède, Norvège et Suisse) et les marchés émergents. Passer du G3 aux marchés émergents signifie passer d’une très forte liquidité à une liquidité bien moindre. Le risque de liquidité joue donc en faveur des grandes monnaies. Conséquence: les monnaies des marchés émergents présentent une plus grande volatilité face aux grandes monnaies que ces dernières entre elles.

Cela dit, les pays émergents ont enregistré de très solides gains de productivité. La plupart d’entre eux ont des taux d’intérêt réels élevés et le niveau de leur dette est nettement inférieur à celui des pays développés. Par conséquent, les facteurs fondamentaux à long terme jouent en faveur d’une sélection de monnaies émergentes.

Dans son arbitrage entre les monnaies du G3 et celles des marchés émergents, l’investisseur doit trouver un équilibre entre sa tolérance aux fluctuations à court terme et sa disposition à détenir des monnaies dont les risques de dépréciation à long terme sont conséquents. Pour leur part, les autres économies développées représentent un bon compromis entre les deux extrêmes.

Selon les théories économiques, une répartition en fonction du volume du PIB d’une zone monétaire par rapport au PIB mondial devrait être la meilleure stratégie de risque neutre pour assurer la stabilité de la consommation à l’avenir. Détenir une monnaie revient en effet à posséder un droit sur la production future au sein de la zone monétaire concernée.

L’analyse de la performance sur ces trente dernières années fait ressortir qu’une répartition en fonction des pondérations boursières se révèle bien plus efficace qu’un indice de référence aligné sur le PIB. Un pays pourvu d’un marché des actions solide recèle normalement un potentiel de croissance important, un régime juridique stable et un marché financier bien développé. Et plus important encore: dans les marchés émergents, la croissance boursière signale que le pays s’intègre au système financier mondial, ce qui d’ordinaire joue également en faveur du pays concerné.

De ce fait, on peut recommander de pondérer les monnaies en fonction du volume boursier de la zone monétaire en question. Variable aisée à suivre, la capitalisation boursière peut servir à piloter un portefeuille, un fonds monétaire, voire un produit structuré qui vise à s’exposer à un ensemble diversifié de monnaies de manière dynamique et efficace (voir le graphique ci-contre).

La capitalisation boursière peut servir à piloter un portefeuille, un fonds monétaire, voire un structuré