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Zurich Insurance est l’action qui offre le rendement du dividende le plus élevé.
© ARND WIEGMANN / Reuters

Gestion

Dividendes: des actionnaires suisses choyés jusqu’au plafond

Les entreprises suisses possèdent des réserves largement suffisantes pour continuer à rémunérer confortablement leurs actionnaires

Le cycle économique et boursier actuel, qui a démarré à la fin de la précédente décennie, est inédit en bien des points et se traduit, entre autres, par un niveau de valorisation des actions ayant atteint des sommets. Parmi les variables qui permettent de mesurer ce dernier, l’une d’elles mérite que l’on s’y attarde: le taux de distribution des dividendes (1).

Au sein de la bourse suisse, durant les deux dernières décennies, ce taux a connu une évolution remarquable qui a indubitablement contribué à la hausse du marché. Il a en effet doublé, passant d’une moyenne de 30% à la fin des années 1990 à 70% en 2017. Au cours de cette période, il a très logiquement atteint deux sommets de respectivement 70% et 80% lors des crises économiques et de marchés en 2003 et en 2009. Ces hausses soudaines étaient dues au maintien du montant des dividendes versés aux actionnaires alors que les bénéfices subissaient une diminution importante.

Un phénomène centré sur les grandes capitalisations

Par contre, il paraît surprenant que ce taux de distribution ait touché un pic de 95% en 2016. Le choc monétaire de 2015, avec l’abandon du taux plancher franc suisse/euro, a sa part de responsabilité, mais il n’explique pas tout. Un autre facteur explicatif tient au fait que les entreprises qui ne publient pas de résultats «ajustés» sont devenues l’exception plutôt que la règle. Or si l’on prend l’exemple de Nestlé, en 2016, son bénéfice par action «ajusté» était supérieur de près d’un quart à son bénéfice audité et respectant les normes comptables. Pour Roche cet écart dépassait même les 30%.

Si l’on examine les indices boursiers suisses, on constate une divergence de l’évolution des taux distribution des dividendes en fonction des capitalisations. Alors que ce taux a suivi une tendance haussière marquée pour les entreprises du SMI (20 plus grosses capitalisations suisses) ou du SMI Expanded (50 titres) et qu’il n’a jamais été inférieur à 50% depuis 2012, il est resté relativement stable, variant dans une fourchette de 20 à 40%, pour les petites et moyennes capitalisations du SPI Extra (180 titres).

En comparaison internationale, les actionnaires de l’indice «blue chips» suisse sont en moyenne un peu plus choyés que ceux de l’indice S&P 500 (35-50% hors périodes de crise, proche de 50% depuis deux ans), en ligne avec leurs voisins français et germaniques (environ 50%), et un peu moins que leurs homologues britanniques (70%) qui sont davantage exposés aux secteurs cycliques mais à dividendes élevés (immobilier, ressources naturelles, assurances…).

Il n’est guère surprenant que les grandes sociétés matures ne disposent plus du même potentiel d’investissement de croissance que des sociétés plus petites ou actives dans des secteurs plus innovateurs. Que les premières ne conservent dans leurs bilans qu’une faible partie de leurs bénéfices, face à la demande de distributions en hausse de leurs actionnaires dans un environnement de taux bas, est donc très sensé et leur permet de publier des ratios de rendement du capital plus élevés: ils se situaient à un niveau d’environ 16% sur les cinq dernières années pour le SMI, contre 15% pour le SMIM et un peu moins de 13% pour les 80 sociétés de moyennes capitalisations.

Potentiel non épuisé

En rétribuant confortablement leurs actionnaires, les entreprises du SMI s’assurent de leur fidélité ce qui contribue également à la valorisation des actions. En mettant davantage l’accent sur leur croissance et donc en investissant davantage dans la recherche et le développement par exemple, les moyennes capitalisations satisfont également des actionnaires qui peuvent tabler sur une progression des bénéfices de l’ordre de 10-15% contre 5-10% pour les grandes entreprises.

Toute la question est donc de savoir s’il convient de s’inquiéter lorsque le taux de distribution atteint le plafond de 100% et si, dès ce moment-là, le potentiel est épuisé. La réponse est clairement «non» et ce pour les raisons suivantes.

En 2017, les dividendes versés par les entreprises du SMI en étaient en moyenne couverts à plus de 150% par le résultat net avant éléments exceptionnels, et à près de 160% par les flux de trésorerie disponibles (free cash flow). De plus, pour les dividendes à verser en 2018, ce taux de couverture par les flux de trésorerie est encore plus élevé puisqu’il est estimé à 170%. Et, en ce qui concerne les moyennes et petites capitalisations, ces ratios sont supérieurs d’encore 20-30 points de pourcent. Il n’est donc pas déraisonnable d’inviter les actionnaires à garder leurs carnets de coupons à portée de main!


(1) Le taux de distribution des dividendes représente le pourcentage du bénéfice de l’exercice distribué aux actionnaires sous forme de dividende. On le calcule en rapportant le montant des dividendes nets au bénéfice net du même exercice. Ce taux de distribution ne doit pas être confondu avec le taux de rendement d’une action qui se mesure en divisant le dividende par action par le cours de bourse de l’action.

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