Les conseils du surveillant des prix pour noyer l’îlot de cherté

Coût de la vie Une étude signale une nouvelle tendance à la hausse en 2013

L’isolement douanier de la Suisse pèse lourd

Stefan Meierhans, surveillant des prix, en collaboration avec le professeur d’économie à l’Université de Fribourg Reiner Eichenberger, a publié mercredi une synthèse des bonnes et mauvaises raisons qui expliquent les fortes différences de prix entre la Suisse et les pays voisins. Le document de près de 90 pages est accompagné d’une liste de suggestions pour parvenir à atténuer cette situation qui fait de la Suisse un îlot de cherté en Europe.

Dans la grande distribution, après la campagne de 2012 qui avait mis sous pression les principales chaînes pour les forcer à reporter les gains de change sur les consommateurs, la tendance est repartie à la hausse en 2013, constate le surveillant des prix. Chez Coop par exemple, sur 22 produits observés, huit sont devenus plus chers. Le rapport cite un article qui avait alimenté la polémique à l’époque, soit les couches Pampers, dont les prix ont depuis «considérablement grimpé». Stefan Meierhans constate que, ­contrairement à une idée reçue, l’implantation des nouveaux discounters Lidl et Aldi n’a guère contribué à réduire les différences de prix en Suisse comparé à l’étranger. «La concurrence en matière de prix est toujours trop faible dans notre pays. La Suisse reste un îlot de cherté», constate-t-il.

Mais la faute n’en revient pas uniquement aux commerçants. Stefan Meierhans pointe du doigt une attitude généralement peu exigeante du consommateur qui accorde trop de confiance aux produits de marque lorsqu’il fait une comparaison qualité-prix. De manière générale, le consommateur suisse n’attache pas une très grande importance au prix d’un produit. La concurrence, sur le marché suisse, ne se fait donc pas à ce niveau, ce qui incite les commerçants à gonfler leur budget marketing qui peut représenter jusqu’à la moitié du prix du produit. Or ces charges publicitaires sont élevées sur le marché suisse. Les frais, calculés par consommateur touché, sont trois fois plus importants en Suisse qu’en Allemagne. Stefan Meierhans relève à ce propos le quasi-monopole de la SSR sur la publicité télévisée.

L’introduction d’une plus grande concurrence est l’une des dix recettes du surveillant des prix pour parvenir à réduire l’écart avec l’étranger. Cela fonctionne par exemple dans le domaine de l’électronique, où la Suisse affiche un niveau moyen des prix inférieur aux pays voisins. Le renforcement de la loi sur les cartels est donc vivement souhaité, mais le parlement, qui examine en ce moment le projet, ne prend pas ce chemin.

Stefan Meierhans ne propose pas l’adhésion de la Suisse à l’Union européenne (UE) pour noyer l’îlot de cherté, mais l’on constate que la plupart des obstacles cités, comme le protec­tionnisme agricole, les barrières douanières physiques et administratives, les obstacles techniques au commerce, ou l’interdiction des transporteurs de faire du cabotage, disparaîtraient comme par enchantement avec l’intégration de la Suisse dans l’UE.

Le surveillant des prix appelle de ses vœux un accord agricole avec l’UE, notamment pour libéraliser le marché de la viande. Il constate que les Suisses ont acheté pour 400 millions de francs de viande à l’étranger en 2013, et que le tourisme d’achat, y compris les commandes par Internet, représente désormais 10% du commerce de détail en Suisse. Le niveau des salaires n’est pas, selon lui, un facteur décisif de cherté car les charges sociales suisses sont nettement inférieures à celles des pays voisins.

Le niveau élevé des salaires en Suisse n’est pas un facteur décisif expliquant le coût de la vie helvétique