Qu’ont en commun Zellweger Luwa, Hero, Hilti, Unigestion, Mövenpick, Lenzerheide Bergbahnen, Xstrata ou Schulthess? Toutes ces entreprises ont décidé de sortir de la bourse suisse ces dernières années. Le phénomène n’est certes pas nouveau, mais il s’est accéléré en 2013. Cet été, la compagnie ferroviaire BLS faisait part de son intention de décoter les actions qu’elle détient à la bourse bernoise (BX). Le dernier jour de négoce a été fixé au 30 décembre. Le titre ne disparaîtra toutefois pas et restera négociable sur la plateforme OTC-X. Il y a une semaine, c’était la société immobilière Fortimo qui annonçait son intention de quitter la corbeille de Berne. Vendredi, les Berner Oberland-Bahnen ont eux aussi annoncé dans un communiqué leur souhait d’un «going private», selon le jargon anglais.

Au total, ce sont dix entreprises qui ont quitté soit SIX Swiss Exchange, soit son homologue bernoise, d’après leurs sites internet respectifs. Pour la majorité, ce sont des petites ou moyennes entreprises, dont la capitalisation boursière est modeste. Autre similitude, le flottant, part des actions en circulation dans le public, s’avère faible, de même que leur volume de transactions. Conséquence: les grands investisseurs institutionnels ne s’intéressent que peu à ces titres, et leur volatilité est très importante.

Selon les spécialistes, «l’argument premier d’une présence en bourse est un accès facilité aux capitaux», explique Philipp Hofstetter, associé en conseil économique auprès de PricewaterhouseCoopers. «Inversement, un groupe comme Hilti générait suffisamment de cash-flow et n’avait pas besoin de beaucoup de capitaux pour financer son activité ou même son développement», rappelle Jérôme Schupp, responsable de la recherche auprès de la Banque Syz & Co. L’aversion boursière devient toutefois manifeste. Philipp Hofstetter constate une baisse du nombre de cotations depuis plusieurs années. «Elles sont ainsi passées de 291 en 2007 à 253 l’an dernier en Suisse. Ce qui peut aussi s’expliquer par le rachat de sociétés par des entités déjà cotées ou privées. Elles sont alors retirées du marché.»

Les motifs avancés par les Berner Oberland-Bahnen sont tout autres. «Avec l’adoption de l’initiative Minder, les exigences pour les sociétés cotées ont à bien des égards considérablement augmenté […]», selon le communiqué de presse. «Il faudrait entre autres contraintes procéder à un vote électronique sur tous les points à l’ordre du jour des assemblées générales et publier un rapport de rémunérations de la direction ad hoc. Frais de personnels et administratifs cumulés, cela représenterait une surcharge d’environ 100 000 francs pour nous. Ce qui est excessif pour une PME comme la nôtre», détaille Urs Kessler, directeur général de la société de transports.

Selon Luca Schenk, directeur général de BX Berne eXchange, la bourse bernoise, Swiss Tech Invest et Gondelbahnen Grindelwald-Männlichen ont notamment brandi cet argument. «Depuis Minder, les décotations de petites entreprises avec une capitalisation inférieure à 100 millions se sont accélérées. Ce texte est contre-productif pour les entreprises de cette taille. Les exigences réglementaires sont devenues beaucoup plus lourdes, et les sociétés craignent d’éventuelles conséquences pénales si les entreprises ne respectaient pas la nouvelle loi», analyse Luca Schenk. D’après nos interlocuteurs, ces entreprises n’ont pas le budget pour s’attacher les services d’avocats-conseils pour s’en prémunir. De facto, les spécialistes s’attendent à de nouvelles sorties de bourse ces prochains mois.

En Suisse romande, les cas s’avèrent plus rares, mais pas inexistants. Après s’être totalement ­séparé de son pôle «presse romande» au début 2011 (vendu au zurichois Tamedia, actionnaire du Temps à hauteur de 46,23%), Edipresse avait décidé de se retirer. D’autres entités y ont également réfléchi par le passé, sans pour autant passer à l’acte, comme Bobst. Il y a une année à peine, Swatch Group avait menacé de claquer la porte. «Si c’était possible, nous préférerions ne pas être cotés», disait Nick Hayek, patron du numéro un mondial de l’horlogerie, dans une interview.

«Les exigences pour les sociétés cotées ont à bien des égards considérablement augmenté»