La chronique des changes

Le dollar flanche dans sa remontée

Les premières journées de négoce de chaque mois, moment où les Etats-Unis publient les données les plus importantes de leur économie, sont décisives pour le marché monétaire. Vendredi dernier est paru le rapport d’octobre sur l’emploi américain, à première vue plutôt décevant. Certes, le taux de chômage a légèrement baissé pour atteindre un nouveau plancher sur le cycle, mais les chiffres de l’«emploi non agricole» ont montré que la croissance de l’emploi était un peu inférieure aux attentes. Et alors que les marchés se demandent quand la Fed déclenchera sa première hausse des taux directeurs l’an prochain, l’indicateur de croissance des salaires n’a pas répondu aux attentes. Et l’on sait qu’une faible croissance des salaires signifie une faible inflation, particulièrement après la récente chute des prix des matières premières.

Conséquence de ce rapport, les acteurs du marché (notamment les spéculateurs qui avaient accumulé des positions longues) ont vendu assez massivement leurs dollars américains (USD), une réaction qui me semble quelque peu injuste. En effet, un examen plus précis des données montre que l’US Bureau of Labor Statistics – auteur du rapport – a choisi d’appliquer des ajustements (saisonniers et autres) particulièrement importants. Or, sans ces divers ajustements, si l’on compare les données avec les mois d’octobre précédents, on assiste à la plus forte croissance depuis 2003 – date de la précédente révision méthodologique: en octobre 2014, 120 000 emplois ont été créés en plus par rapport à octobre 2013.

L’incapacité du dollar à se soutenir jusqu’à la fin de la semaine dernière et lundi devrait inquiéter les promoteurs de cette monnaie; cela dit, il se pourrait bien que deux sources très importantes se mettent à acheter des dollars au cours des semaines et des mois prochains.

Citons en premier lieu les responsables des réserves en devises étrangères des plus gros pays exportateurs. En n’augmentant pas aussi rapidement leurs stocks de dollars que dans le passé, notamment chez les exportateurs de pétrole et en Chine dont les réserves ont fondu de 100 milliards de dollars en septembre, ces pays risquent fort de réapprovisionner leurs réserves de dollars ces prochaines semaines. Des achats qui se feront aux dépens de la diversification dans d’autres monnaies. La deuxième source serait intimement liée au contexte politique américain. On vient d’assister aux Etats-Unis à une élection de mi-mandat pour le moins funeste pour le président démocrate Barack Obama. Cependant, dans ce climat divisé, des rumeurs crédibles affirment que Barack Obama et les républicains sont prêts à s’entendre pour permettre aux multinationales américaines de rapatrier une partie de leurs profits à l’étranger (estimés à 2250 milliards de dollars) en bénéficiant d’une imposition quasi nulle. En 2005, une amnistie fiscale pour les profits à l’étranger avait soutenu le dollar américain pendant une année entière; cette fois-ci, les enjeux sont encore plus importants. D’autant que les républicains voudront agir pour montrer, en 2016, qu’ils ne sont pas seulement le parti du blocage et de l’immobilisme.