Considéré longtemps comme un placement destiné à des investisseurs ayant plus le sens de l'histoire que de la finance, l'or attire à nouveau. Mardi, il valait 444,90 dollars l'once à l'ouverture. Il s'échangeait il y a un mois au-dessus des 450 dollars. Une vraie flambée sachant qu'il se payait encore 251,95 dollars en août 1999, son plus bas niveau depuis vingt ans. Un cours qui s'est quasi multiplié par deux depuis. Il termine ainsi sa quatrième année de hausse consécutive (+6%). Et il faut remonter trente ans en arrière pour retrouver une période de hausse de pareille durée (1970-1974).

Le rally actuel fera-t-il mieux? Trente-sept analystes, investisseurs et opérateurs interrogés par Bloomberg donnent une réponse partagée. Leur prix moyen pour 2005 se situe à 435 dollars l'once (en dessous du cours actuel) et leur prévision oscille entre 395 et 550 dollars. Une fourchette large qui laisse toutes les possibilités ouvertes. «A long terme, les prévisions vont extrêmement loin, entre 500 et 1200 dollars. Cela rappelle l'ère Internet quand on évoquait une action Cisco à 2000 dollars», commente Aurèle Storno, cogérant du fonds World Gold Expertise de Lombard Odier Darier Hentsch & Cie (LODH) à Genève.

Plusieurs facteurs expliquent l'appréciation ces derniers mois du cours de l'or. «Cette hausse reflète des positions spéculatives», estime le spécialiste de LODH. Certains gérants de hedge funds ont pris des positions longues sur l'or, anticipant une poursuite de la baisse du dollar, explique-t-il. La corrélation entre le cours de l'or et le dollar est élevée. La faiblesse du billet vert rend le métal jaune, facturé en dollars, moins cher à importer pour les pays hors de la zone dollar, et stimule la demande. Ce qui est déjà le cas aujourd'hui.

De retour, l'inflation encourage aussi cette hausse. Elle érode les gains réalisés sur des placements à rendement fixe, poussant certains investisseurs aux Etats-Unis à placer leurs liquidités dans des métaux libellés en dollars, dont l'or. La Réserve fédérale américaine (Fed) a augmenté cinq fois cette année son principal taux directeur, actuellement à 2,25%. Son action doit maintenir sous contrôle une inflation dont le taux annuel hors énergie et biens de consommation s'élève à 2,2% après les dix premiers mois de l'année.

Que doit faire un investisseur dans ces conditions? Sortir ou rentrer sur un marché désormais accessible via les Exchange Traded Funds (fonds indiciel permettant d'acquérir une part virtuelle de lingots d'or)? «Attendre et voir», conseille Aurèle Storno. D'autant que les effets monétaires (dépréciation du dollar) annulent pour l'investisseur européen et suisse la performance réalisée par le métal jaune, à moins d'avoir protégé son placement.

Un autre facteur pourrait influencer le cours du métal ces prochains mois: l'action des banques centrales. Si les ventes réalisées par les argentiers européens ne perturbent plus le marché – elles sont régulées par l'accord de Washington renouvelé en septembre –, les regards se tournent désormais vers l'Asie. L'éventualité que les banques centrales asiatiques, dont la Chine, décident d'investir une portion, même minime, de leurs actifs en or n'est pas à exclure. Cela aurait des conséquences très importantes sur les prix. «L'information n'est aujourd'hui pas claire», glisse le gérant de LODH.

Les valeurs minières à la traîne

Cette bonne santé aurifère ne profite pas pour autant aux valeurs minières. «Les marchés ont corrigé la hausse abrupte de 2003», observe Aurèle Storno. De plus, les groupes sud-africains ou encore canadiens sont pénalisés par un rand et un dollar canadien au plus haut depuis plusieurs années face au dollar. Le billet vert joue à nouveau les trouble-fête. C'est bien lui que les investisseurs attirés par l'or et leurs mines surveilleront durant l'année à venir.