Devises

Pourquoi le dollar ne monte pas

Le billet vert devait être la monnaie forte de 2016. Jusqu’ici, il déjoue tous les pronostics

C’était entendu. Tout le monde lui promettait l’ascension. 2016 devait être l’année du dollar. Pourtant aujourd’hui, le constat est tout autre: le billet vert stagne. Il aurait même tendance à se déprécier vis-à-vis des autres grandes monnaies comme l’euro, le yen ou le franc suisse. Seule exception: la livre sterling, qui a souffert ces derniers mois des spéculations sur une sortie prochaine du Royaume-Uni de l’Union Européenne.

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Retour en avril 2015. Une majorité des grandes banques prévoyait un dollar plus fort dans les mois suivants. Pour HSBC par exemple, l’euro aurait dû valoir 1,05 dollar aujourd’hui. RBS misait même sur un taux de 0,95, pour l’euro-dollar. Ce vendredi, la paire de monnaie valait 1,13. Idem face au franc suisse. L’an dernier à la même période, Bank of America Merrill Lynch pronostiquait qu’un dollar vaudrait 1,10 franc actuellement. BNP Paribas misait sur 1,12, Barclays sur 1,09. Aujourd’hui, le billet vert vaut en réalité 95 centimes…

La Fed pas si pressée

Ce décalage est essentiellement lié au programme de la Réserve fédérale américaine (Fed). Longtemps, les experts prévoyaient quatre hausses de taux aux Etats-Unis en 2016. Des hausses qui auraient rendu les actifs obligataires américains plus rémunérateurs que les Européens ou les Suisses et qui auraient donc provoqué des mouvements de fonds en direction des Etats-Unis.

Si la Fed a bel et bien mis fin à six ans de taux zéro en décembre dernier, en relevant son taux directeur d’un quart de point, la banque centrale a peu à peu laissé entendre qu’elle n’était pas si pressée de durcir sa politique monétaire. Les déboires boursiers du début d’année, liés notamment au ralentissement chinois, n’y seraient pas étrangers.

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En dépit d’indicateurs jugés plutôt encourageants outre-Atlantique – sur l’emploi et l’industrie – les experts ont revu leur scénario. Les derniers doutes sur une 2e hausse des taux en ce mois d’avril ont été balayés mercredi. La publication des minutes de la réunion de la Fed a signifié le ton prudent adopté par son Comité de politique monétaire sur ce sujet.

Pour la suite, les avis sont partagés. Bien plus qu’ils ne l’étaient l’an dernier. UBS s’attend à deux hausses de taux au cours du second semestre. La banque estime donc que le dollar restera orienté à la hausse. Interrogé par Bloomberg, un stratège de Westpac Banking, à Auckland, estime de son côté que tout reste ouvert: «Le marché hésitera jusqu’à ce que les statistiques deviennent plus encourageantes et que l’appétit pour le risque devienne globalement plus élevé».

La fin du dollar fort

Quoiqu’il advienne cette année, le dollar marque déjà le pas. Entre 2012 et 2015, le dollar index, qui mesure la force du billet vert face à un panier de devises, avait progressé de 25%. De l’avis du fonds obligataire Pimco, cette période est révolue. «Il ne va plus gagner de terrain face à l’euro et au yen», a affirmé son responsable des devises, Thomas Kressin, jeudi à Londres. Son hypothèse? La Fed reconnaît plus ou moins implicitement qu’un dollar trop fort n’est pas dans l’intérêt de l’économie, ni américaine ni globale. La banque centrale, a expliqué le stratège, «veut laisser l’inflation dépasser son objectif de 2%». En attendant, le dollar index a déjà reculé de 4% depuis le début de l’année.

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