Dominik Studer, économiste auprès d’UBS, a publié mercredi une étude qui prévoit une perte légèrement inférieure à 20 milliards de francs pour la BNS au deuxième trimestre. Il répond aux questions du «Temps»:

– Le Temps: Quelle est l’urgence pour la BNS dans son besoin de fonds propres?

Dominik Studer: La BNS peut continuer d’opérer avec des fonds propres passagèrement négatifs, contrairement à des entreprises privées. Elle ne risque pas de manquer de liquidités puisqu’elle peut en créer elle-même. Une banque centrale ne peut jamais être à court de liquidités dans sa propre monnaie. Elle peut continuer par exemple d’acheter des euros contre du franc suisse au moment opportun.

A moyen et long terme, la BNS pourra de nouveau réaliser des gains sur ses actifs. Ceux-ci sont très volatils en ce moment, mais la banque centrale a montré qu’elle pouvait enregistrer un profit sur ses placements. En réalisant des profits, elle peut reconstituer ainsi des fonds propres suffisants.

– Mais si les marchés évoluent dans le sens que vous prévoyez, il n’y aura pas de profit rapidement?

Si le franc continue de s’apprécier et les taux des obligations d’Etat d’augmenter, comme nous le prévoyons pour le court terme, effectivement. Mais si la zone euro résout ses problèmes et si le dollar continue de s’apprécier, cela serait positif pour les gains de change de la BNS.

– N’est-ce pas problématique politiquement pour la BNS de recommander aux banques de renforcer leurs fonds propres et de ne pas montrer le bon exemple?

La BNS est dans une situation particulière. Elle peut créer des liquidités elle-même, comme indiqué auparavant. Et elle a répété qu’elle pouvait continuer d’opérer avec des fonds propres passagèrement négatifs et reconstituer des fonds propres réalisant des profits à moyen et long terme. Il lui appartient de communiquer sa situation et son statut spécial correctement au public.

– Serait-ce une surprise pour les cantons de ne pas recevoir d’argent pour l’exercice 2015 de la BNS?

Non, les budgets des cantons sont habituellement établis de façon prudente. La grande majorité n’attend pas de versement de la BNS. Il faut savoir que pour 2014, la BNS avait été plus généreuse que prévu.