Finance

Dominique Biedermann va se retirer d’Ethos «après une campagne de dénigrement»

Co-créateur de la fondation active dans la finance responsable il y a presque 21 ans, l’actuel président s’était vu accusé de «violations graves et répétées des règles de bonne gouvernance». Il explique sa décision et répond aux critiques

Il avait rejeté les critiques avec force. Mais, ce samedi, Dominique Biedermann a décidé de renoncer. Celui qui figurait parmi les fondateurs d’Ethos, il y a presque 21 ans, veut passer la main à «la génération suivante», explique un communiqué diffusé ce week-end.

Contacté par Le Temps, il explique que «la décision a été très bien réfléchie et la transition vers la nouvelle génération est planifiée depuis plusieurs années». Il cite le passage de témoin en 2015 à Vincent Kaufmann, l’actuel directeur. Pour l’instant, même si cette transition est prévue pour la présidence, aucun candidat ne semble se profiler et Ethos a décidé de mandater un consultant.

Dominique Biedermann, considéré comme un pionnier de l’investissement durable, se dit satisfait des «résultats remarquables atteints depuis la création de la fondation, qui permettent maintenant de passer les rênes alors qu’Ethos compte moins d’une vingtaine d’employés mais désormais plus de 220 membres», pour la plupart des caisses de pension que la fondation conseille lors de leurs votes dans des assemblées générales. Dominique Biedermann admet pourtant que «la campagne de dénigrement menée par les deux démissionnaires, d’une rare intensité, a accéléré le processus».

«Violations graves et répétées»

En décembre dernier, deux administratrices ont démissionné avec effet immédiat, détaillant une série de critiques à la presse alémanique. Françoise Bruderer Thom et Monika Roth, respectivement responsable de la caisse de pension de La Poste et professeure à la Haute Ecole lucernoise de droit économique, avaient déploré des «violations graves et répétées des règles de bonne gouvernance».

Dénonçant un comportement d’«autocrate», elles pointaient également des conflits d’intérêts et la présence de l’épouse de Dominique Biedermann à la direction d’Ethos. Critiques rapidement balayées par le président et par Ethos en général. Siégeant respectivement depuis sept et dix ans, les deux administratrices avaient «toujours approuvé toutes les décisions, à commencer par ma nomination comme président et celle de ma femme à la direction», insiste Dominique Biedermann. «Il est un peu facile de m’accuser de conflit d’intérêts sur des décisions acceptées depuis de nombreuses années.» Selon les sources du Temps, la réalité est plus complexe: les deux administratrices auraient milité depuis longtemps pour planifier la succession et, à force d’être rabrouées, ont jeté l’éponge, de guerre lasse.

Médiations refusées

Mi-décembre, le fondateur d’Ethos avait dit envisager des actions en justice dans une interview à La Tribune de Genève. Il ajoute désormais qu’Ethos a proposé à deux reprises une médiation, que les deux administratrices ont déclinée, estimant la procédure inutile puisqu’elles avaient quitté le giron d’Ethos.

Pour Dominique Biedermann, s’il y a un conflit d’intérêts à débusquer, il se trouve plutôt de l’autre côté. «En tant que directrice de la caisse de pension de La Poste, Françoise Bruderer Thom a participé au lancement d’un organe concurrent à Ethos il y a trois ans, l’Association suisse pour des investissements responsables (ASIR), dont le responsable des placements de la caisse de pension de La Poste, donc son bras droit, était le vice-président l’an dernier. De ce fait, elle était sous pression et c’est peut-être cela qui explique sa démission brusque, qui, du coup, résout le conflit d’intérêts.» Une source du Temps affirme cependant que Dominique Biedermann avait accepté cet état de fait, y compris par écrit. L’une des deux administratrices démissionnaires n’a pas répondu à nos sollicitations, l’autre n’a pas voulu s’exprimer dans le cadre de cet article.

Dernier des quatre fondateurs encore présent chez Ethos, Dominique Biedermann préside à la fois le conseil de fondation, responsable de l’orientation stratégique et du respect des principes de l’investissement socialement responsable, et le conseil d’administration d’Ethos Services, qui propose des produits d’investissement. Dominique Biedermann précise encore que la seconde entité, dont la fondation Ethos détient les deux tiers du capital, ayant enregistré ses meilleurs résultats en 2017, «il avait déjà été prévu que les fonctions de président ne soient plus données à la même personne».

Décisions en juin

C’est en juin, lors des assemblées générales, que les nouveaux présidents devraient être présentés et que Dominique Biedermann devrait céder sa place. Devrait, car «il faut maintenant trouver les bonnes personnes». Il n’aura pas de lien financier avec Ethos, puisqu’il s’agit d’une fondation et que le tiers des actions d’Ethos Services qui n’appartient pas à la fondation sont dans les mains de caisses de pension qui ont participé à la hausse de capital intervenue il y a quatre ans. Le président sortant ne dit pas ce qu’il prévoit de faire lorsqu’il quittera ses fonctions, mais indique qu’il «a toujours des idées».

Vendredi, La Liberté relayait également des témoignages anonymes d’anciens employés qui, tout en soulignant le travail accompli par Dominique Biedermann et son épouse, évoquent des traitements durs à l’égard de certaines personnes et une «forme compulsive de culte de la personnalité». Des reproches que le fondateur d’Ethos écarte résolument.

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