Mécanique

Dominique Renaud veut provoquer «une révolution» horlogère

Le maître horloger est sorti de sa préretraite pour s’attaquer aux fondamentaux de la mécanique. Son projet de montre à 1 million de francs est à bout touchant

Dominique Renaud est de retour. Et il fomente une révolution. Il a «revisité les fondamentaux de l’horlogerie», en s’attaquant au coeur de la montre, à son organe régulateur, qui «repose sur le même principe depuis trois siècles et demi», se moque-t-il presque.

Dominique Renaud? Dans l’horlogerie suisse, tout le monde le connaît. Tourbillons, répétitions minute et autres grandes complications… A 56 ans, il est l’inventeur d’une impressionnante constellation de réalisations pour les grands noms de la montre mécanique: Audemars Piguet, IWC, Lange & Söhne, Jaeger Lecoultre, Franck Müller, Breguet, Breitling. Et la liste est encore longue. Dominique Renaud est aussi le cofondateur de Renaud & Papi, en 1986, une manufacture rapidement devenue incontournable dans la haute horlogerie, rachetée par Audemars Piguet en 1992.

Deux maisons et aucun carcan

Après avoir vendu ses parts, Dominique Renaud migre en 2000 au Sud de la France avec armes, bagages, croquis et établi. Une «préretraite» près de Montpelier, où le maître horloger construit une maison, la revend, et en construit une autre. Il avait besoin de prendre du recul, d’avoir du temps «et aucun carcan», raconte-t-il dans son discret atelier de Renens (VD), au 2e étage du bâtiment qui abritait les Imprimeries réunies Lausanne (IRL).

Dominique Renaud est revenu en Suisse en 2012 avec «des classeurs plein d’idées». Il en a choisi une vieille de presque dix ans. Pour la matérialiser, il a co-fondé Dominique Renaud SA, une société et une marque, avec Luiggino Torrigianni: «Nous sommes une start-up prête à disrupter l’horlogerie», lance l’ingénieur EPFL, homme de marketing et cofondateur, en 2004, d’un certain projet Solar Impulse.

«On sait que ça marche, il reste la mise au point», tempère Dominique Renaud. Il est pourtant décidé. Il est à deux doigts de commercialiser la première montre à son nom. C’est le moment de l’annoncer… progressivement. Ce n’est en effet que début mars que sa «révolution» sera dévoilée.

Les amateurs devront être patients. Et fortunés. Douze modèles prototypes, à 1 million de francs pièce, seront progressivement livrés à des collectionneurs, à partir de mars 2017. Dans chacune d’entre elles, Dominique Renaud fera des ajustements. «Les clients participeront activement à l’élaboration de leur montre, ils feront partie de cette aventure», vante Luiggino Torrigianni.

«L’horlogerie a fait le tour»

Dominique Renaud, fils d’un horloger et d’une régleuse, descendant d’une longue lignée d’horlogers de la Vallée de Joux (VD), a conservé «les codes traditionnels» de la montre, en repensant la conception de son moteur. «Ça va déclencher quelque chose, affirme-t-il. Je veux stimuler l’innovation dans une horlogerie qui a gentiment fait le tour des grandes complications».

Si Dominique Renaud peut se permettre ce jugement, c’est que sa légitimité n’est plus à faire. Le patron de la marque neuchâteloise HYT, Vincent Perriard, un ancien d’Audemars Piguet, qui croise son chemin et travaille avec lui depuis des années, dit de Dominique Renaud qu’il est «une légende de l’horlogerie». Lui ne le dit pas ainsi. Il répète seulement que «ce système aurait pu être inventé au temps de Louis Breguet».


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