Dominique Strauss-Kahn a décidé de parler, mais il ne dit sans doute pas tout, loin s’en faut. Dans un entretien exclusif publié jeudi par le quotidien français Le Parisien, l’ancien patron du FMI – qui retrouvera dans trois mois la justice pour le procès de l’affaire du «Carlton» de Lille et du réseau de prostitution qui y avait établi ses quartiers – se présente avant tout comme la victime des déboires du fonds d’investissement LSK.

«J’ai constaté à la fin de l’été que le projet n’était pas conforme à ce que nous avions envisagé ensemble, avec mon associé Thierry Leyne (qui s’est suicidé à Tel-Aviv la semaine dernière), et ne correspondait pas à ce que je cherchais», explique l’ancien ministre des Finances de Lionel Jospin (1997-1999), un temps considéré comme l’un des candidats favoris du PS à la présidentielle de 2012. Dominique Strauss-Kahn affirme qu’il avait investi dans le fonds LSK via sa société de conseil Parnasse International, établie au Maroc. Il affirme qu’il a probablement «perdu (son) investissement» ramené ces derniers temps à 15% du capital, sans citer de chiffres. «Au bout du compte, il n’y avait que moi qui apportais des affaires, ce qui ne correspondait pas du tout à ce que j’attendais d’un partenariat», regrette DSK.

Aucune des questions soulevées depuis le suicide de son ex-associé, qui s’est jeté du haut d’une des plus hautes tours de Tel-Aviv, ne trouve toutefois réponse dans cet entretien. S’il paraît clair que les méthodes financières de Thierry Leyne étaient discutables – «Il s’était engagé dans une stratégie d’emprunts qui m’est apparue en octobre avec les comptes 2013 et que je ne peux accepter» –, DSK n’apporte pas de précisions sur l’origine des fonds, dont il conteste en plus le montant de «centaines de millions de dollars» évoqué un temps par le défunt: «Il ne s’agissait que de promesses puisque le fonds n’existait pas encore», dit-il. «J’en apprends plus maintenant (sur Thierry Leyne) qu’avant sa disparition. Certains m’avaient fait remarquer que c’était quelqu’un de dur en affaires, mais cela ne veut rien dire et ils étaient incapables de dire pourquoi.» Dominique Strauss-Khan affirme que Thierry Leyne lui avait été présenté par la compagne de ce dernier, dont il était l’ami.

Rien, donc, pour faire taire les rumeurs sur la présence de capitaux russes dans le fonds LSK, au sein duquel l’ex-politicien français devait s’occuper de créer une banque d’affaires. Rien, non plus, sur les raisons qui avaient poussé ce fonds nouvellement créé à s’installer à Genève, comme l’avait révélé Le Temps en mai. Rien, enfin, pour confirmer ou démentir les informations données par «Paris Match», selon lequel «plusieurs grands noms de la finance avaient été séduits par la holding LSK tels Credit Suisse, UBS, Pictet, la banque Safra ou encore une filiale du Crédit Mutuel français». Sur tous ces aspects, cruciaux pour un fonds d’investissement, le mystère demeure pour l’heure.

Le seul sujet directement évoqué par DSK est celui du litige qui oppose aujourd’hui LSK à la compagnie d’assurance Baloise Vie Luxembourg, qui a porté plainte pour défaut de paiement devant la justice luxembourgeoise pour un montant impayé de deux millions d’euros: «Les différentes sociétés Assya de gestion d’actifs, présentes dans plusieurs pays, plaçaient de l’argent, y compris dans des titres liés à LSK, explique DSK. D’où le différend avec la Baloise qui date d’avant mon arrivée et que j’ai découvert dans la presse cet été.» La répartition des rôles entre Assya, aux prises avec la justice du grand-duché, et LSK n’est pas explicitée dans le détail. Là aussi, l’ancien patron du FMI, redevenu un conférencier international prisé depuis le scandale du Sofitel de New York en mai 2011, se dédouane et se désengage de toute responsabilité, répétant qu’il n’était que «président non exécutif de LSK».