Innovation (4/5)

DomoSafety s’invite chez les seniors

Chaque jour de cette semaine, «Le Temps» présente une société qui veut placer la technologie au service de l’homme. Couplé à différents capteurs, le système de la start-up lausannoise DomoSafety permet aux seniors de rester plus longtemps à domicile. Il a convaincu la Croix-Rouge

Pendant cette année des 20 ans, Le Temps met l’accent sur sept causes emblématiques. La sixième porte sur «la technologie au service de l’homme». Dans cette série, nous mettrons en avant des entreprises suisses orientées vers l’amélioration du quotidien.

Les trois premiers épisodes:

Ses deux grands-mères sont décédées en établissements médico-sociaux. «Ce sont elles qui m’ont fait comprendre l’inefficacité des systèmes de soin pour les personnes âgées, affirme, encore ému, Guillaume DuPasquier, cofondateur de la start-up DomoSafety. J’ai constaté qu’il y avait notamment de grosses lacunes dans la transmission des informations au sein du personnel soignant.»

A la suite de cette expérience personnelle, Guillaume DuPasquier s’est lancé comme défi de permettre aux seniors de rester le plus longtemps possible à domicile. En 2012, il fonde, avec Edouard Goupy, la start-up DomoSafety à Lausanne. Ensemble, ils conçoivent un système de traitement et d’analyse de données. Celui-ci est couplé à différents objets connectés, placés chez la personne âgée, par exemple des capteurs déposés sous le matelas.

Lire l'article de PME Magazine: Les start-up romandes surfent sur la vague de la domotique

Si la personne sort de son lit et n’y revient pas, une centrale d’urgence en est aussitôt informée. Les proches aidants – famille, voisins ou amis – sont alors contactés. «Si personne ne répond, une ambulance est envoyée sur place», précise Guillaume DuPasquier, qui affirme avoir sauvé plusieurs vies grâce à son système.

Arythmies cardiaques

Les capteurs détectent aussi la fréquence respiratoire et les battements cardiaques de la personne sous surveillance. Placés au plafond ou sur les portes, ils permettent de déceler un isolement social et donnent des indications sur la mobilité. «Ils vérifient aussi la qualité du sommeil», ajoute Guillaume DuPasquier, qui ne considère pas ces capteurs comme intrusifs mais comme de véritables aides aux seniors. «Toutes ces informations ne sont transmises qu’au personnel soignant, qui pourra ainsi mieux cibler les personnes à risque.»

Les logiciels sont évolutifs et s’adaptent aux habitudes des utilisateurs, précise Guillaume DuPasquier, qui travaille avec l’Hôpital de l’Ile à Berne, sur un projet pour détecter précocement des problèmes d’arythmie cardiaque. Avec le CHUV, une collaboration a lieu pour la maladie de Parkinson.

Refus vaudois

Commercialisé depuis 2017, le système a déjà convaincu la Croix-Rouge, le plus gros client de DomoSafety, qui devrait installer près de 1000 systèmes cette année. Toutefois, ce service, qui pourrait participer à une réduction des coûts de la santé, n’est pas pris en charge par les assurances maladie. Le prix de la location du matériel et des services varie de 59 à 99 francs par mois en fonction des services demandés.

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Outre la Croix-Rouge, DomoSafety collabore avec plusieurs réseaux de soins à domicile, à l’exemple de Presti-Services à Genève ou le Réseau santé et social de la Gruyère à Fribourg. En revanche, le canton de Vaud n’en veut pas. La technologie de la start-up a été écartée par L’Association vaudoise des soins à domicile (Avasad).

Projets immobiliers

La majorité des seniors vaudois ne bénéficieront donc pas des algorithmes de pointe de DomoSafety, ce qui ne semble pas décourager la start-up. «Nos clients sont actuellement en Suisse mais aussi en France et en Belgique. Nous prévoyons une forte croissance internationale en 2019», précise Guillaume DuPasquier, qui souhaite renforcer sa force de vente pour atteindre une équipe de seize personnes d’ici à fin 2018.

Discret sur le chiffre d’affaires de sa société, son directeur a désormais aussi un pied dans plusieurs projets immobiliers. Tous les logements de la Fondation Saphir à Yverdon-les-Bains sont munis de la technologie de la start-up vaudoise. Le locataire a le choix d’activer ou non le service. Un projet immobilier de la société Gefiswiss prévoit aussi d’équiper 20% de ses logements destinés aux seniors.


Débat dans le milieu de la santé

Le cas de DomoSafety a agité le milieu de la santé vaudois. La technologie de la start-up a été écartée par l’Association vaudoise des soins à domicile, chapeautée par le Département de la santé. Celle-ci a décidé cette année de remplacer les 4500 installations Secutel, un bouton d’alarme à activer manuellement en cas d’accident sans perte de connaissance. Un appel d’offres a été lancé mais celle de DomoSafety a été refusée, avec l’argument que son prix était trop élevé. Les deux concurrents – l’un français et l’autre allemand – qui ont été retenus proposent un simple remplacement de l’appareil à bouton actuellement utilisé.

Parallèlement, les propos du médecin cantonal vaudois, Karim Boubaker, ont fait des vagues. Sans viser explicitement DomoSafety, il a exprimé sa grande méfiance vis-à-vis des nouvelles technologies lors d’une table ronde organisée par la Fondation Leenaards en novembre 2017. «Outre l’étonnante posture, pour un médecin, de s’opposer au progrès scientifique, ceci est en contradiction avec la politique fédérale de soutien à l’innovation», écrit Fathi Derder, président du Réseau (syndicat de start-up romandes).

La chronique de Fathi Derder: Quand la Suisse punit ses start-up

En septembre dernier, dans son blog du Temps, Bertrand Vuilleumier, président des hôpitaux du Nord vaudois, réagissait: «Le nombre de seniors va augmenter, les infrastructures d’accueil vont être insuffisantes, les infirmières compétentes vont manquer, les urgences hospitalières continuent d’être débordées et les médecins de proximité sont de moins en moins disponibles.» Et de poursuivre: «Alors quand on écarte à tout jamais tout recours à des systèmes d’information pour alléger, anticiper le travail des infirmier-ères, des médecins ambulatoires… là, on va droit dans le mur!»

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