Logement

Quand la domotique rassure les seniors

De plus en plus de personnes âgées repoussent le moment fatidique du placement en EMS. Mais vivre à la maison n’est pas toujours adapté. La start-up lausannoise DomoSafety compte installer sa technologie de sécurité et prévention dans des milliers de foyers l’an prochain

Monter les marches d’escaliers, trébucher sur le tapis, s’enfermer à double tour par erreur, les logements ne sont pas toujours appropriés aux personnes âgées. Grâce à la domotique, il est possible de garantir leur sécurité, même en pleine nuit, et de leur permettre de maintenir une certaine qualité de vie tout en désengorgeant les hôpitaux. Et en retardant le placement en EMS.

Lundi dernier, la fondation Saphir a présenté ses logements yverdonnois équipés de capteurs de DomoSafety, une start-up dont le siège se trouve à l’EPFL. Cette technologie est de plus en plus utilisée dans les appartements adaptés et s’introduit également chez les particuliers. Un marché prometteur puisque, selon une étude de l’Université de Saint-Gall menée en 2014, 57% des seniors de plus de 85 ans résidant en Suisse vivent chez eux. Exactement comme Jocelyne Ansermier qui utilise la solution de DomoSafety dans son appartement de Prilly (VD). Un taux qui grimpe à 90% pour les plus jeunes, âgés de 65 ans.

Tout est enregistré et analysé

Démonstration. Dès que Jocelyne Ansermier passe la porte de son appartement, le service de DomoSafety s’enclenche. Lorsqu’elle se lève au milieu de la nuit, des capteurs calculent son temps d’absence et envoient une alerte d’urgence si elle tombe. Il s’agit d’un suivi au quotidien: de la qualité du sommeil au niveau d’activité. Cela ressemble à certaine intrusion dans la sphère privée qui, pourtant, permettrait, selon le fondateur de la société Guillaume DuPasquier, d’améliorer considérablement la qualité de vie des seniors, d’aider les médecins à cibler leurs problèmes et d’adapter les traitements grâce à une multitude de données objectives. «En fait, c’est même moins intrusif que la vie en EMS où les infirmiers peuvent entrer à n’importe quelle heure dans la chambre», précise-t-il.

En apparence, la domotique est discrète: un petit capteur caché sous le matelas, un carré détecteur de mouvements fixé au plafond et un autre à l’entrée. Aucune caméra, aucun micro. «Personne ne les a remarqués et moi, je n’y pense plus du tout. Mais depuis que je les ai, je me sens plus en sécurité», confie Jocelyne Ansermier.

Durant les deux premières semaines, la technologie de DomoSafety enregistre le mode de vie des habitants. Toutes les données sont analysées par un algorithme, développé sur la base des résultats cliniques, des diagnostics des médecins et des commentaires des soignants. Dès qu’il détecte un comportement inhabituel, et seulement dans ce cas-là, la centrale d’urgence est avertie. Puis, le processus ordinaire de vérification de l’information par un proche aidant ou un référant de santé est enclenché. Dans les cas graves, la personne peut être prise en charge par une ambulance en quarante-cinq minutes environ. Un délai raisonnable selon Guillaume DuPasquier: «Certains passent la nuit, voire des jours, par terre avant que quelqu’un ne s’en rende compte.»

Mieux vaut prévenir que guérir

Tous les appartements de la fondation Saphir sont équipés de cette technologie DomoSafety. Elle a dépensé 800 francs par logement pour acheter le matériel. Mais c’est aux locataires de choisir d’activer ou non les services pour la somme de 55 francs par mois. Seul le bouton d’urgence est obligatoire.

Au total, la start-up s’est introduite dans plus de 200 foyers, en Suisse, en Europe et en Corée du Sud. Mais dès 2017, elle vise plusieurs milliers d’installations à travers le monde. Pour y parvenir, elle a dû adapter son modèle d’affaires: «Au lieu de proposer une solution complète où il existe déjà des concurrents établis depuis longtemps, nous allons collaborer avec eux et leur vendre la licence de notre logiciel qui sera installée dans leurs infrastructures», précise-t-il. Un changement stratégique puisqu’il permettra d’atteindre rapidement un grand nombre de personnes et de faire baisser les prix: «On parle de 3 millions d’utilisateurs du bouton de téléalarme en Europe. Et notre partenaire norvégien a déjà un marché de 30 000 seniors.»

La Belgique intéressée

Le ministre belge de la santé, Maxime Prévot, est venu avec une délégation pour voir comment le canton de Vaud gère ses aînés. Et ce n’est pas par hasard, parce qu’il pense également recourir à leurs services: «Nous avons aussi des start-up très innovantes avec lesquelles nous allons travailler mais eux, ils ont en plus l’expérience dans ce domaine.» La venue du ministre a d’ailleurs été lancée par Balder Sprl, partenaire de DomoSafety.

D’ici à 2017, une centaine d’appartements devraient être équipés en Belgique par DomoSafety. Mais le ministre va bien plus loin dans sa démarche: «Nous sommes en train de réviser notre loi sur les EMS et je vais modifier encore le projet de loi car je pense qu’il faut rendre indispensable l’intégration de la domotique.»

D’autres marchés en vue

DomoSafety propose de nouveaux services pour suivre et analyser les signes vitaux, notamment en cas de maladies chroniques. La balance, le thermomètre ou le tensiomètre envoient automatiquement les résultats sur une application mobile ou par SMS au médecin pour faciliter la gestion de l’hypertension par exemple.

Autre secteur intéressé, les entreprises pharmaceutiques. «Elles collectent déjà des informations cliniques du domicile mais souhaitent des données objectives pour adapter plus rapidement leurs médicaments et donc faciliter leur entrée sur le marché», confie Guillaume DuPasquier.

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