Marchés

Donald Trump affole Wall Street

L’imprévisible président américain alimente la volatilité sur les places financières. Après un début de semaine chaotique, les bourses américaines ont certes ouvert la séance de mercredi en hausse, mais l’incertitude trouble les investisseurs

Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), sera-t-il encore en poste les 29 et 30 janvier 2019 pour la prochaine réunion du Comité monétaire, qui fixe les taux directeurs? Et Steven Mnuchin, le secrétaire d’Etat au Trésor, qui s’avère impuissant face à la volatilité de Wall Street, sera-t-il limogé d’ici là?

Les deux questions ne sont pas anodines. Le soir de Noël, le président américain Donald Trump a tenu à déclarer qu’aucune sanction ne serait prise à l’encontre de Jerome Powell et de Steven Mnuchin. Cette assurance présidentielle a calmé les investisseurs mercredi. Les bourses asiatiques ont terminé la journée de façon plus ou moins stable. Aux Etats-Unis, Wall Street a commencé la séance légèrement en hausse. En Europe, c’était la pause de Noël.

Un affront personnel

Depuis plusieurs jours, Donald Trump ne cache pas son irritation à l’égard de Jerome Powell, qui, lors de la réunion du Comité monétaire mercredi dernier, avait augmenté les taux directeurs de 0,25 point de pourcentage, pour les porter entre 2,25 et 2,50%. Pour le président américain, c’était presque un affront personnel puisqu’il n’avait cessé, ces dernières semaines, d’exiger une pause dans la hausse des taux. La politique de normalisation des taux avait été commencée par Janet Yellen, qui a précédé Jerome Powell à la tête de la Fed, en décembre 2016 en raison d’une économie américaine qui avait retrouvé sa vigueur après la crise financière de 2008.

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«Il est incroyable qu’avec un dollar très fort, pratiquement aucune inflation et le monde qui explose autour de nous – Paris qui brûle et la Chine sur la pente descendante –, la Fed puisse seulement penser à une nouvelle hausse des taux», avait-il tweeté juste avant la réunion du Comité monétaire. Pour le président américain, une hausse mettrait en péril la croissance.

Chute de 19% en trois mois

Dès l’annonce de la hausse des taux, Donald Trump est passé en mode confrontation avec la Fed. Selon la presse américaine de jeudi dernier, il aurait songé à limoger son président. Cette éventualité a suffi à faire chuter Wall Street vendredi. Suite aux attaques qui se sont poursuivies durant le week-end, les bourses américaines se sont encore enfoncées ce lundi.

L’indice S&P 500, qui regroupe 500 entreprises industrielles, a perdu 19% durant les trois derniers mois. Selon l’agence Bloomberg, avec une chute de 14,82%, décembre 2018 est le pire mois de décembre qu’ait connu l’indice, devant celui de 1931, où avait reculé de 14,53%. Pour l’ensemble de cette année, les trois principaux indices américains termineront dans le rouge. A la clôture de la séance à la veille de Noël, le S&P 500 était à -12,06%, le Dow Jones, qui regroupe les trente plus grandes entreprises, à 11,84% et enfin le Nasdaq, qui regroupe les valeurs technologiques, à 10,29%.

Une excellente occasion pour acheter

Devant cette descente aux enfers et surtout les rumeurs annonçant un éventuel limogeage de Jerome Powell, Donald Trump a tenté mardi de rectifier le tir. Répondant aux questions des journalistes américains le jour de Noël, il a de nouveau accusé la Fed d’augmenter ses taux directeurs trop rapidement. Mais alors qu’il avait vilipendé son président Jerome Powell, il s’est dit confiant dans l’idée que «la Fed comprendra bientôt les enjeux». Il est allé plus loin en disant que l’économie américaine était en bonne santé et que la baisse des valeurs boursières était une excellente occasion pour acheter des actions.

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Le président américain a aussi démenti les rumeurs selon lesquelles il pourrait sanctionner son ministre des Finances, Steven Mnuchin, calmant quelque peu les marchés mercredi. Responsable des finances de la campagne de Donald Trump alors qu’il était candidat pour l’élection présidentielle de 2016, l’avocat et financier a été parachuté Secrétaire d’Etat au Trésor.

«La bulle Trump a explosé»

Il est vrai que, lundi, Steven Mnuchin n’a pas arrangé la situation en faisant état de discussions avec les patrons de six grandes banques américaines. En disant qu’il n’y avait pas de problème de liquidités pour financer les entreprises et les clients individuels, il avait fini par inquiéter les marchés.

La nervosité de Wall Street n’a pas épargné les autres places financières. En Asie, l’indice Nikkei a plongé de 5% le jour de Noël, qui n’est pas férié au Japon. La correction était faible mercredi, avec un gain de 0,89%. En Chine, les bourses de Shanghai et de Shenzhen ont suivi le même scénario. «Les investisseurs n’ont pas confiance en l’administration, a résumé un analyste en Asie interrogé par l’AFP. Ils sont mus par leur perception des choses et celle-ci est très mauvaise en ce moment.» Selon un autre, «la bulle Trump, qui avait profité aux marchés des actions américains et au dollar, éclate.»


Trump n’envisage pas la fin du «shutdown» sans financement du mur à la frontière

Donald Trump a campé sur ses positions mardi concernant le financement d’un mur à la frontière mexicaine, déclarant ne pas voir d’issue possible au shutdown, la fermeture partielle des administrations, avant que sa promesse de campagne soit prise en compte dans une loi budgétaire.

«Je ne peux pas vous dire quand le gouvernement va rouvrir. Je peux vous dire qu’il ne rouvrira pas avant que nous ayons un mur, une barrière» à la frontière mexicaine, a déclaré le président américain aux journalistes à la Maison-Blanche. Il venait de s’entretenir par téléconférence avec les troupes américaines, à l’occasion de Noël. Au quatrième jour du shutdown, les positions semblaient toujours aussi irréconciliables.

Les démocrates s’opposent farouchement à ce mur promis par Donald Trump lors de sa campagne présidentielle et l’ont accusé lundi de plonger les Etats-Unis «dans le chaos». De son côté, le locataire de la Maison-Blanche a annoncé qu’il se rendrait au Texas «fin janvier pour le début de la construction» d’une portion de mur de 115 miles (185 km) à la frontière. Donald Trump avait écrit lundi sur Twitter avoir approuvé cette construction, sans apporter plus d’explications.

«C’est mon souhait d’avoir [un mur] achevé de 500-550 miles [804-885 km], de l’avoir soit rénové, soit flambant neuf au moment de l’élection» présidentielle de 2020, a-t-il poursuivi. La frontière entre les Etats-Unis et le Mexique est longue d’environ 3200 km. Quelque 1100 km sont équipés d’obstacles, installés surtout en Californie, au Nouveau-Mexique et en Arizona.

Depuis vendredi minuit, républicains et démocrates se rejettent la responsabilité de l’impasse budgétaire. AFP

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