L’espace de quelques heures, mercredi, Amazon a perdu plus de 5 milliards de dollars de capitalisation boursière (la société vaut près de 500 milliards). L’action, qui flirte avec les 1000 dollars, s’est toutefois vite redressée. Comme Toyota, Lockheed ou Boeing avant lui, le géant américain de l’e-commerce a subi l’effet Trump. Un tweet ou une déclaration du président américain et Wall Street tangue.

«Amazon heurte grandement les commerces qui paient leurs impôts. Villes et Etats à travers les Etats-Unis sont touchés – de nombreux emplois perdus!» a posté Donald Trump alors que le pays ne parlait que de sa réaction aux violences à Charlottesville.

Le milliardaire n’est pas le premier à dénoncer l’impact du numéro un du commerce en ligne (43% des ventes du secteur en 2016) sur ses rivaux physiques. Depuis 2014, le fonds d’investissement Bespoke tient un index «Death by Amazon» (mort par Amazon), qui recense les magasins menacés par la concurrence de la firme de Seattle.

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Sur les quelque 1200 centres commerciaux existant aux Etats-Unis, 25% pourraient disparaître d’ici à 2023, selon Credit Suisse. Pas moins de 552 magasins d’électronique RadioShack vont fermer leurs portes d’ici à la fin de l’année, alors que les grands magasins Sears ou Macy’s réduisent leur présence dans le pays. Le retail, premier employeur du secteur privé, a perdu 5000 emplois par mois depuis janvier.

Amazon emploie 270 000 personnes aux Etats-Unis

La montée du commerce en ligne (+11,5% de juillet 2016 à juillet 2017) explique en partie ce que certains appellent l’«apocalypse du retail». Amazon, qui emploie pourtant 270 000 personnes aux Etats-Unis, fait figure de coupable idéal. Le rachat de la chaîne de supermarchés biologiques Whole Foods en juin (pour plus de 13 milliards de dollars) ou l’option Prime Wardrobe, qui permet de renvoyer un vêtement, renforcent la position d’Amazon, dont l’omniprésence inquiète Wall Street.

Donald Trump a un problème avec le quotidien Washington Post, qui appartient à Jeff Bezos [fondateur et patron d’Amazon, ndlr]. C’est pour cela qu’il redirige sa colère sur Amazon

Vitaliy Katsenelson, analyste chez Active Investment Management

«Amazon a pris des parts de marché aux commerces physiques. Aucun doute là-dessus, confirme Vitaliy Katsenelson, analyste chez Active Investment Management. Mais c’est aussi ce qu’avait fait Walmart avec les commerces de proximité. C’est le capitalisme. Les gens ne sont pas obligés de faire leurs courses sur Amazon. Ils choisissent de le faire parce que le service et les prix sont meilleurs à leurs yeux.» Selon lui, il y a tout simplement trop de magasins aux Etats-Unis, alors que les dépenses des consommateurs ont évolué, avec un budget important consacré à des smartphones qui n’existaient pas il y a dix ans.

«Donald Trump a un problème avec le quotidien Washington Post, qui appartient à Jeff Bezos [fondateur et patron d’Amazon, ndlr]. C’est pour cela qu’il redirige sa colère sur Amazon, mais ses attaques ne s’appuient sur rien», estime l’analyste.

Une affaire personnelle

Depuis décembre 2015, le président s’en prend en effet régulièrement au quotidien, qu’il range, comme CNN ou le New York Times, dans la catégorie des médias propagateurs de «fake news». Le Washington Post, racheté en 2013 pour 250 millions de dollars par le fondateur d’Amazon sur sa fortune personnelle – estimée à 84 milliards de dollars par Forbes –, a multiplié les révélations sur la nouvelle administration.

Donald Trump a accusé à plusieurs reprises Jeff Bezos de se servir du journal pour faire du lobbying à Washington et échapper au fisc américain, l’IRS. La critique peut surprendre venant d’un homme qui s’était vanté de ne pas avoir payé d’impôts durant dix-huit ans. Mais, comme celles d’autres grands de la tech, les astuces fiscales d’Amazon ne font pas l’unanimité chez ses concurrents et dans l’Union européenne.

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Amazon a pourtant bien payé 412 millions de dollars d’impôts l’an dernier. L’entreprise, en tant que site internet, a longtemps évité les taxes locales, qui impliquent une présence physique dans l’Etat concerné. Depuis avril, elle s’acquitte cependant de ses obligations dans 45 Etats américains. Reste la question des vendeurs tiers, soit la moitié de ses ventes. Le site considère que c’est à eux de prendre en charge ces taxes locales. La Caroline du Sud ne partage pas cet avis. Une procédure judiciaire est en cours et son issue pourrait alourdir la déclaration d’impôts d’Amazon.

Donald Trump n’a pas toujours critiqué Amazon. Il s’en est servi pour promouvoir l’un de ses livres. Et si l’on remonte son fil Twitter, on trouve cette citation qu’il a postée en 2013: «Si vous ne voulez jamais être critiqué, alors, pour l’amour de Dieu, ne faites rien de nouveau.» Son auteur? Jeff Bezos.