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Donald Trump attaque ses partenaires commerciaux

C’est l’indignation générale après l’annonce de surtaxes américaines sur l’acier et l’aluminium. Bruxelles prépare des mesures de rétorsion. Le président américain lance bel et bien la guerre commerciale

Face au tollé qui s’est élevé parmi ses principaux partenaires commerciaux à l’annonce jeudi soir des surtaxes américaines sur l’acier et sur l’aluminium importés aux Etats-Unis, le président américain Donald Trump n’a pas bronché. «Lorsqu’un pays, les Etats-Unis, perd des milliards de dollars dans les échanges avec ses partenaires, il y a du bon dans les guerres commerciales et il est facile de les remporter», a-t-il twitté vendredi matin. La veille, sans donner de détails, il avait affirmé que l’acier importé serait taxé à 25% et l’aluminium à 10%. Ces mesures seront promulguées la semaine prochaine et resteront en vigueur pendant une longue période, selon le président américain.

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La guerre commerciale que Donald Trump avait annoncée contre la Chine lorsqu’il était candidat à la présidence américaine est ainsi lancée. Mais le défendeur d’«America First» frappe tous ses principaux partenaires commerciaux, dont l’Union européenne (UE), le Japon, le Canada et, bien sûr, la Chine. La Suisse, qui exporte de l’acier de très haute qualité, ne sera pas épargnée non plus.

Mesures de rétorsion

Bruxelles n’exclut pas des mesures de rétorsion. «Au lieu d’apporter une solution, cette décision ne fait qu’aggraver les choses, a prévenu jeudi Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne. Nous ne resterons pas les bras croisés pendant que notre industrie est frappée par des mesures injustes.» Selon Eurofer, l’association européenne des producteurs d’acier, les surtaxes concernent des exportations de 35 millions de tonnes par année pour une valeur de 30 milliards d’euros. «Le président Trump a choisi l’option la plus disruptive parmi celles qui lui ont été recommandées par son secrétaire d’Etat au Commerce», a réagi vendredi le président d’Eurofer.

Pour le Canada, les surtaxes américaines sont «inacceptables». D’autant plus que ce sont les Etats-Unis qui affichent un surplus de 2 milliards dans le commerce de l’acier. Le Japon s’est aussi offusqué: les voitures japonaises fabriquées aux Etats-Unis coûteront plus cher.

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C’est la Chine que le président américain a dans son viseur, même si les exportations chinoises vers les Etats-Unis sont moindres que celles de l’UE, du Canada, du Brésil et du Mexique. Pékin a gardé son calme vendredi. «La Chine demande aux Etats-Unis de refréner l’usage de mesures protectionnistes et de respecter les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC)», a déclaré une porte-parole gouvernementale. En janvier, l’administration américaine avait déjà sévi contre la Chine, en imposant des mesures antidumping contre les panneaux solaires et les grandes machines à laver.

Un vrai problème chinois

Il y a pourtant un vrai problème d’acier chinois. L’Empire du Milieu assure la moitié de la production mondiale. Ses capacités, subventionnées par l’Etat chinois, provoquent une chute des prix. Pékin reconnaît le problème et affirme avoir réduit de 50 millions de tonnes les capacités de production en 2017.

D’ici à la semaine prochaine, Donald Trump pourrait appliquer les mesures de sauvegarde uniquement à la Chine. Selon l’OMC, qui ne veut pas commenter l’annonce du président, «les règles actuelles de l’OMC permettent de cibler un seul pays au nom de la sécurité nationale». Les marchés, qui traversent une période de forte volatilité, n’ont pas aimé voir surgir le spectre d’une guerre commerciale. Jeudi soir, les bourses américaines avaient dévissé jusqu’à 1,7%. L’Asie et l’Europe ont suivi vendredi.

D’après de nombreux analystes, une guerre commerciale représente l’un des risques majeurs pouvant faire dérailler l’économie mondiale, qui se trouve actuellement, après plusieurs années de crise, en phase de croissance. Dans une interview au Temps la semaine passée, le directeur de l’OMC, Roberto Azevêdo, mettait en garde: «Une guerre commerciale serait catastrophique pour tout le monde. Personne n’en sortirait gagnant.» Vendredi, il s’est déclaré «préoccupé par l’annonce américaine» et a affirmé que «les risques d’escalade sont réels». 


La Suisse s’inquiète

Petit acteur dans l’industrie de l’acier et de l’aluminium, la Suisse ne sera tout de même pas épargnée par les mesures de sauvegarde annoncées par le président Donald Trump. En 2017, elle avait exporté pour près de 62 millions de francs de ces métaux. Il s’agit surtout de produits finis à haute valeur ajoutée, destinés à la haute technologie.

«Les autorités suisses suivent de près les mesures de défense commerciale annoncées par les Etats-Unis, a déclaré un porte-parole du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). En tant qu’économie orientée vers l’exportation, nous regrettons cette évolution et continuons de soutenir l’ouverture des marchés internationaux.» Les effets des mesures sur les exportations suisses vers les Etats-Unis sont en cours d’analyse à Berne.

Ce n’est pas la première fois que la Suisse est concernée par des mesures de sauvegarde américaines. En 2002, et c’était une première, Berne avait déposé une plainte contre les Etats-Unis, en même temps que l’Union européenne et d’autre pays. L’OMC avait alors donné raison aux plaignants.

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