Analyse

Donald Trump, le coupable de la chute?

Pour Lars Kalbreier, responsable des investissements de la banque Vontobel, injecter des capitaux dans une économie qui enregistre déjà une croissance supérieure à 2% et qui connaît le presque plein emploi, c’est jeter de l’huile sur le feu

Et si la chute des bourses de ces derniers jours n’était pas qu’une «correction souhaitable et temporaire», comme le pensent de nombreux analystes? Selon Lars Kalbreier, Chief Investment Officer de la banque Vontobel, des corrections de marchés interviennent chaque année, sauf en 2017. Dès lors, il s’est demandé mardi, lors de la journée de conférences Horizon 2018 organisée par Le Temps en collaboration avec IMD, si ce n’était pas la politique économique du président Trump qui en était la cause.

Les explications de Lars Kalbreier sont simples. Un plan de relance implique des investissements massifs, notamment dans les infrastructures. Il se met en place lorsqu’une économie est en récession ou stagnante. Il intervient lorsque le taux de chômage est alarmant et le pouvoir d’achat tant des entreprises que des ménages est en baisse. «En injectant des milliards dans l’économie avec des cadeaux fiscaux et un plan d’investissement dans les infrastructures de plusieurs centaines de milliards de dollars, le président Trump a jeté de l’huile sur le feu», a déclaré le chef des investissements de Vontobel. La question se pose dans la mesure où les éléments énoncés plus haut ne sont pas réunis.

Plan de relance keynésien

En effet, les réformes fiscales et le plan de relance du genre keynésien interviennent alors que l’économie américaine a retrouvé sa vigueur d’avant-crise et le taux de chômage, 4,1% en octobre, n’a pas été aussi bas depuis dix-huit ans. Dès lors, selon Lars Kalbreier, la politique économique de l’administration Trump va inévitablement renchérir le coût de l’emploi d’autant plus que les employeurs américains peinent déjà à recruter. Avec à la clé, une hausse des salaires, une poussée inflationniste et, inéluctablement, des hausses des taux.

Dans un autre registre, Lars Kalbreier a souligné que les politiques d’assouplissement monétaire des banques centrales ont largement contribué à remettre l’économie mondiale sur les rails et ce, de façon synchronisée. Mais il y a aussi l’envers de la médaille. «Elles ont faussé les marchés obligataires, les poussant vers le bas, a-t-il expliqué. Les obligations à dix ans ont un rendement infime et même plus faible que le taux d’inflation qui est déjà très bas.»

Les capitaux privés prennent le relais

Le responsable des investissements de la banque Vontobel a bien insisté sur le fait que les marchés actions ne sont pas surévalués. «Ils ne sont pas bon marché, mais ne se trouvent, dans aucun cas, à des niveaux extrêmes, a-t-il dit. Mais ces derniers ont tout de même attiré les investissements au détriment des obligations.» Et de rappeler que c’est bien la hausse inopinée du rendement des bons du Trésor américains à 2,85% qui a déclenché la chute de Wall Street vendredi dernier.

«Nous sommes maintenant dans une nouvelle situation dans laquelle les banques centrales se retirent du financement de l’économie, a-t-il conclu. Les investissements privés prennent le relais. Il n’empêche qu’il est plus facile de mettre en œuvre une politique d’assouplissement monétaire que d’en sortir.»


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