Politique monétaire

Donald Trump exige que la Fed fasse une pause

La Réserve fédérale se réunit ces mardi et mercredi et devrait augmenter le taux directeur. Pour le président américain, ce n’est pas le moment, à cause des incertitudes économiques et de la volatilité des places financières

Du rarement vu. Tweet après tweet, Donald Trump fait pression sur la Réserve fédérale (Fed) qui se réunit ces mardi et mercredi pour la dernière séance de 2018. Le président américain a encore insisté mardi: «Une nouvelle hausse du taux directeur serait une nouvelle erreur. Sentez le marché et ne prenez pas vos décisions simplement à partir de chiffres sans signification», a-t-il mis en garde.

Dimanche, Donald Trump avait tweeté le même avertissement: «C’est incroyable qu’avec un dollar très fort et virtuellement aucune inflation, le monde qui explose autour de nous, Paris qui brûle et la Chine sur la pente descendante, la Fed puisse seulement penser à une nouvelle hausse des taux d’intérêt.»

La logique de l’administration Trump est simple. Les taux plus élevés renchérissent le crédit et freinent les investissements tant des ménages que des entreprises. Ils renforcent le dollar et rendent les importations moins chères et les produits américains moins compétitifs à l’étranger.

Montrer son indépendance

Mais selon Stéphane Monier, chef des investissements chez Lombard Odier Private Bank à Genève, le président américain s’y prend de la mauvaise manière. «Plus il y aura de pression, plus le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, voudra montrer son indépendance par rapport à la Maison-Blanche, commente-t-il. La demande du président américain en faveur d’une pause est contre-productive.»

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En réalité, le consensus du marché s’attend à une nouvelle hausse mercredi. Jerome Powell, à la tête de la Fed depuis le début de l’année, poursuit en effet la politique de resserrement monétaire entamée par sa prédécesseur, Janet Yellen. Cette dernière avait motivé sa décision par la nécessité d’éviter la surchauffe de l’économie américaine. A partir de 2009-2010, celle-ci a renoué avec la croissance après la récession de 2008.

Trois hausses en 2019

«Pour notre part, nous prévoyons une hausse, la quatrième de l’année, de 2,25% à 2,50%, commente le stratège en investissement de Lombard Odier. Pour 2019, nous maintenons nos prévisions de trois augmentations, alors que le marché n’anticipe plus rien. Cela est dû, notamment, au récent discours de Jerome Powell suggérant une pause.»

Et encore: La Fed maintient le cap au grand dam de Donald Trump

«Une telle pression, c’est du déjà-vu, mais c’était il y a longtemps, rappelle Thomas Costerg, économiste senior chez Pictet Wealth Management et spécialiste de l’économie américaine. Les resserrements monétaires ne sont jamais politiquement faciles. On se souvient du conflit entre le président Ronald Reagan et Paul Volcker, président de la Fed entre 1979 et 1987, notamment dans les années 1980.» Et d’ajouter: «La différence, c’est que Twitter n’existait pas dans les années 1980.»

Pour Thomas Costerg, le président Trump ajoute de la pression à celle de Wall Street, très volatile et qui, en quelques semaines, a effacé tous les gains réalisés depuis le début de l’année. «Jerome Powell ne pourra que céder, mais de façon subtile, prédit-il. Il montera le taux cette fois-ci, mais indiquera certainement un temps de réflexion, sinon une pause pour début 2019.»

Dichotomie américaine

«Lors de sa conférence de presse, Jerome Powell tiendra sans doute compte de la volatilité des marchés boursiers, mais aussi du ralentissement de la Chine et du Brexit, anticipe Stéphane Monier. Aux Etats-Unis même, il y a une dichotomie: le secteur de la consommation courante reste robuste alors que l’immobilier et l’investissement des entreprises sont plus sensibles à la remontée des taux.» Dans ces conditions, le stratège de Lombard Odier ne prévoit pas une politique monétaire restrictive en 2019. Selon lui, Jerome Powell voudrait passer graduellement d’une politique accommodante à neutre.

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