analyse

Donald Trump lance la guerre commerciale

Le président américain a annoncé jeudi soir des mesures antidumping sur l’acier et l’aluminium. Il vise surtout les exportations chinoises, mais n’épargne pas les autres pays producteurs, y compris la Suisse. Les réactions fusent, mais il assure que «les guerres commerciales sont faciles à gagner»

Dans une interview au Temps la semaine passée, le directeur de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), Roberto Azevedo, mettait en garde: «Une guerre commerciale serait catastrophique pour tout le monde et personne n’en sortirait gagnant.» Les prémices d’une telle guerre sont maintenant posées.

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Le président américain Donald Trump a annoncé jeudi soir que des surtaxes de 25% sur les produits d’acier et 10% sur les produits d’aluminium seront promulguées dans une semaine, et que «celles-ci seront appliquées pendant longtemps».

Vendredi matin, il s'est réjoui des réactions préoccupées des partenaires commerciaux des Etats-Unis. «Quand un pays (les Etats-Unis) perd des milliards de dollars en commerçant avec virtuellement tous les pays avec lesquels il fait des affaires, les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner», a twitté le président américain.

«Par exemple, quand on a un déficit de 100 milliards de dollars avec un pays et qu'il fait le malin, on arrête de faire des affaires et on gagne gros. C'est facile», a ajouté Donald Trump.

La Suisse touchée

Craignant une bagarre dont on ne sait pas quand elle sera terminée, Wall Street a dévissé jeudi soir de plus de 2%. Vendredi matin, les bourses asiatiques ont suivi la dégringolade. Le Nikkei, par exemple, perdait 2,5% à la clôture. Dans un marché hautement volatile et incertain depuis une dizaine de jours, la décision américaine équivaut à jeter de l’huile sur le feu.

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Les réactions n’ont pas tardé. Bien que ces mesures visent avant tout la Chine, elles n’épargneront pas les exportateurs japonais, sud-coréens, canadiens, européens, ni bien sûr la Suisse. La Confédération exporte de l’acier spécialisé et de très haute qualité, nécessaire dans les technologies de pointe aux Etats-Unis.

Bras de fer

«Au lieu d’apporter une solution, la décision américaine ne peut qu’aggraver les choses», a prévenu jeudi soir Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne. L’UE a déjà annoncé qu’elle engagera un bras de fer avec les Etats-Unis auprès de l’OMC, gardienne du libre-échange et du multilatéralisme commercial. Elle a promis de réagir «fermement et proportionnellement pour défendre (ses) intérêts». L’Allemagne, qui a une forte industrie sidérurgique, s’est dite particulièrement inquiète des mesures de sauvegarde américaines. Pour le Canada, les mesures américaines sont «inacceptables».

Mais c’est surtout avec la Chine que les Etats-Unis de Trump cherchent la bagarre. Washington accuse le gouvernement chinois de subventionner la production d’acier et d’aluminium, de provoquer une surproduction mondiale et de dumping. Lors de sa campagne électorale en 2006, le candidat Trump n’avait jamais caché son intention de sanctionner les Chinois, qui selon lui sont responsables de la mort lente de la «ceinture de rouille» dans le Midwest et volent les emplois américains.

Le Midwest avait voté Trump

En annonçant les mesures antidumping, le président Donald Trump respecte avant tout une de ses promesses électorales. Le Midwest l’avait effectivement élu avec force lors du scrutin présidentiel de novembre 2016.

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Il y a sans doute une part de vérité dans les accusations américaines contre la Chine. Cette dernière ne nie pas les faits, et lors des forums multilatéraux elle s’est engagée à réduire sa surcapacité. Le dialogue n’est pas rompu, mais les Etats-Unis n’en ont pas tenu compte.

Une balle dans le pied

Les producteurs chinois vont en pâtir: leurs produits frappés des droits de douane antidumping seront moins compétitifs sur le marché américain. Mais, comble de l’ironie, les consommateurs américains en feront aussi les frais en payant plus cher les produits d’acier. Donald Trump s’est tiré une balle dans le pied.

L’industrie automobile américaine, par exemple, est une première victime toute désignée. Les constructeurs sont confrontés à un essoufflement du marché: la vente de voitures neuves a diminué de 2% en 2017. La tendance devrait se poursuivre en 2018. Avec le renchérissement de l’acier et de l’aluminium, elle ne pourrait que s’aggraver.

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