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Pour Donald Trump, le «Made in China» comme champ de bataille 

Le président élu a promis une taxe de 45% sur les produits chinois. Pékin ne se laissera pas faire et la menace est jugée peu crédible

S’il tient sa promesse de candidat, Donald Trump imposera une taxe de 45% sur les produits chinois importés aux Etats-Unis. Le but du futur président américain est simple: faire revenir les usines, et donc les emplois «volés par les Chinois», selon ses propres termes.

En vingt ans, le déficit commercial annuel de la première puissance économique mondiale avec la deuxième est passé de 6 milliards à 367 milliards de dollars, d’après les statistiques américaines. En septembre, le courtier asiatique Dawai a estimé que la taxe du candidat Trump coûterait à la Chine plus de 400 milliards, soit près de 5% de son produit intérieur brut. Le président Trump aura-t-il le pouvoir de l’imposer? Il semble que oui. Passera-t-il à l’action? Les avis sont plus mesurés.

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Il a parlé de cette taxe «comme une menace si la Chine ne répondait pas à la demande américaine de négociations commerciales», rappellent des économistes de Credit Suisse à Singapour et Hongkong dans une note diffusée jeudi. «Nous estimons qu’il est improbable qu’il impose des tarifs douaniers de cet ordre au début de sa présidence», écrivent-ils.

«Mesures de représailles»

«Je ne crois pas qu’il le fera car l’économie américaine en souffrira aussi», abonde Bryan Mercurio, professeur de droit à la Chinese University de Hongkong. Par exemple, les téléphones d’Apple seraient frappés par cette taxe. «Cela profiterait à leurs concurrents, comme ceux de Samsung», relève-t-il. Sans oublier que «la Chine ne se laisserait pas faire et prendrait des mesures de représailles», anticipe le spécialiste des accords de libre-échange. Les EtatsUnis, pour qui l’Empire du Milieu est le troisième client derrière le Canada et le Mexique, ne s’en sortiraient pas indemnes. Sans oublier que les usines ne peuvent revenir du jour au lendemain.

A l’inverse, les ménages américains, qui achètent massivement du «Made in China», perdront immédiatement en pouvoir d’achat. Pour justifier sa mesure, Donald Trump accuse la Chine de manipuler sa devise. Le futur président peinera à le démontrer, estiment les économistes de Credit Suisse. Actuellement, la Chine perd des réserves de changes au lieu d’en accumuler, signe que Pékin tente de soutenir plutôt que d’affaiblir le renminbi. En outre, «les Etats-Unis seraient vraisemblablement traînés devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC). D’après mes recherches, ils perdraient», ajoute Bryan Mercurio. Il est aussi probable que «le Congrès ne laissera pas Donald Trump faire ce qu’il veut, avertit l’universitaire. La majorité est bien républicaine, mais elle ne le considère pas comme un républicain.»

La mort du TPP?

«Il faut toutefois s’attendre à ce que la politique commerciale américaine devienne plus hostile», redoute Credit Suisse. Bryan Mercuro s’inquiète moins. «Nous allons probablement assister au plus grand retournement de veste de l’histoire des élections américaines!» s’exclame-t-il. «Il y aura une grande différence entre les propos du candidat Trump et les actions du président Trump.» Et l’universitaire d’évoquer le TPP. Porté par Barack Obama, signé il y a une année, mais pas encore ratifié, cet accord de libre-échange implique toutes les grandes économies du Pacifique, à l’exception de la Chine, tenue à l’écart par les Etats-Unis.

Or Donald Trump juge le TPP mauvais et a promis sa mort. «Je n’y crois pas, réagit Bryan Mercurio. Les Etats-Unis perdraient tellement de crédibilité auprès de leurs partenaires dans la région, comme le Japon, l’Australie, la Corée ou le Vietnam, qui ont fait de vraies concessions. Et, au final, cela profiterait à la Chine.» Pékin pourrait actionner un autre levier, le traité bilatéral sur l’investissement avec les Etats-Unis. Après huit années de négociations, il est presque conclu. «Or il profite davantage aux Américains qu’aux Chinois, juge Bryan Mercurio. Ces derniers peuvent déjà beaucoup investir aux Etats-Unis, et ils le font. La réciproque n’est pas vraie.»

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