Dans la guerre entre l’américain Boeing et l’européen Airbus, c’est Washington qui vient de tirer en premier. Tant les Etats-Unis que l’Union européenne (UE) ont été condamnés à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour avoir accordé des subventions illégales (prêts, aide à la recherche) à leur avionneur respectif et les deux ont droit à des «réparations». C’est dans ce contexte que le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, a annoncé lundi soir la décision d’imposer des taxes punitives sur des importations à hauteur de 11 milliards de dollars en provenance de l’UE.

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Il s’agit de l’un des plus vieux et longs conflits commerciaux. Après plusieurs années d’offensives et contre-offensives, Américains et Européens avaient trouvé un compromis en 1992 qui interdisait toute aide directe aux constructeurs d’avions. Mais en 2004, au moment où Airbus surpassait son concurrent, l’administration américaine, sous la présidence de George Bush, avait renié le cessez-le-feu en portant plainte à l’OMC contre l’UE pour subventions illégales. Bruxelles a rétorqué le même jour, déposant à son tour une plainte contre les subventions américaines au Boeing.

«Ça va bientôt s’arrêter»

Le verdict qui condamne Airbus est tombé en 2010 et contre Boeing, l’année suivante. Depuis, les appels et autres procédures se prolongent. L’OMC n’a pas encore déterminé le montant des représailles que les deux parties pourraient imposer, ce qui n’a pas empêché les Etats-Unis de passer à l’étape suivante. En effet, Robert Lightizer a publié lundi une liste (sur 14 pages) de produits européens qui seraient susceptibles d’être frappés: avions, hélicoptères, steaks d’espadon, filets de saumon, huile d’olive, fromages, fruits, vin.

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Robert Lightizer jouit du soutien de Donald Trump. Dans un tweet posté mardi, le président américain est catégorique: «L’UE profite des Etats-Unis en matière de commerce depuis plusieurs années. Ça va bientôt s’arrêter.»

Effet surprise

Avec cette annonce, Washington a pris les Européens par surprise. Ces derniers craignaient plutôt des surtaxes sur l’automobile importée aux Etats-Unis. A ce jour, Bruxelles a réussi à éviter l’escalade en s’engageant à acheter davantage de produits agricoles américains.

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C’est Bruno Le Maire, le ministre français de l’Economie, qui a été le premier à réagir à la menace américaine mardi matin. «L’UE et les Etats-Unis ne peuvent se permettre un conflit dans l’aéronautique et doivent trouver un accord à l’amiable», a-t-il lancé. La Commission a pris le relais en disant que «le montant des représailles américaines est largement exagéré. Elle a aussi prévenu qu’elle pourrait prendre des mesures de rétorsion.»

La Chine en ligne de mire

Les observateurs tentent encore de comprendre les motivations américaines. Pour Sami Chaar, chef économiste chez Lombard Odier, Washington met en garde l’UE contre tout positionnement en faveur de Pékin. «Dans la course à la haute technologie, les Américains ont besoin de leurs alliés traditionnels pour contrecarrer les Chinois, déclare-t-il. Ce n’est pas un hasard si les Etats-unis ont brandi la menace, à la veille du sommet Chine-UE qui a eu lieu mardi à Bruxelles.» Il rappelle aussi que l’avionneur américain se retrouve à présent en difficulté après le crash de deux Boeing 737 Max de Lion Air et d’Ethiopian Airlines.

Pour Marie Owens Thomsen, cheffe économiste chez Indosuez Wealth Management, citée par le Wall Street Journal, le montant des surtaxes annoncé par les Etats-Unis est relativement minime. En revanche, selon elle, les conflits commerciaux continueront à miner l’économie mondiale.