Banques

Donald Trump rouvre l’accès à la banque d’affaires pour UBS et Credit Suisse

La révision à la baisse de la réglementation financière exigée par Donald Trump permettrait, en théorie, aux deux grandes banques suisses de restaurer leurs lauriers. Toutefois, il n’est pas sûr qu’elles soient intéressées

Contraintes de réduire drastiquement leurs activités de banque d’affaires suite à la crise financière de 2008, UBS et Credit Suisse vont-elles amorcer leur grand retour? Les deux grandes banques suisses pourraient manifestement voir une telle opportunité dans le décret présidentiel signé vendredi en fin de journée par Donald Trump ordonnant à son administration d’entamer une révision de fond de la réglementation financière mise en place sous l’égide de son prédécesseur.

Une loi, en particulier, est visée: Dodd-Frank, un mammouth législatif adopté en 2010 par le Congrès qui instaure un ensemble d’institutions chargées de surveiller la solidité des banques, confère des pouvoirs accrus à la Federal Reserve (la banque centrale) et restreint fortement les possibilités faites aux banques de spéculer sur leurs fonds propres. Les différentes autorités chargées de la stabilité financière ont quatre mois pour livrer leurs premières conclusions.

Lire aussi:  Donald Trump sonne le glas de la réglementation financière américaine

Un tel affaiblissement annoncé de la réglementation n’a pas trompé le marché: le titre Goldman Sachs, l’établissement le plus en vue, a bondi de 4,3% vendredi. En revanche, UBS n’en bénéficie pas (-1% lundi), Credit Suisse non plus (-1,2%).

«Reste à savoir si UBS et CS veulent retourner sur ce créneau qui après tout ne leur a pas porté chance», observe Cédric Tille, professeur d’économie internationale à l’Institut des hautes études internationales et du développement (HEID) à Genève. Les deux grands établissements avaient payé très cher leurs implications dans le négoce d’hypothèques titrisées. UBS n’avait dû son salut que grâce à une intervention de l’Etat et Credit Suisse n’est pas encore sorti de la restructuration engagée pour réduire sa banque d’affaires.

Secteur «trop volatil»

Les deux établissements «ont compris que la banque d’affaires produit des résultats beaucoup trop volatils et fait peser des risques disproportionnés pour leur ambition principale, être parmi les plus grands acteurs mondiaux de la gestion de fortune et la gestion d’actifs», ajoute Luc Thévenoz, directeur du Centre de droit bancaire et financier de l’Université de Genève. Redéployées sur la gestion et la clientèle domestique suisse, elles n’ont certes pas renoncé à la banque d’affaires. Mais elles l’ont redéployée dans des juridictions moins exigeantes que les Etats-Unis. Un retour à New York présenterait un coût disproportionné, aux yeux des experts.

Enfin, il n’est pas certain que la révision de la réglementation financière américaine leur profite. «Si Goldman Sachs et autres banques américaines vont avoir les coudées franches, en sera-t-il de même pour les banques étrangères? Pas sûr à ce stade», relève Cédric Tille, qui rappelle le programme protectionniste du locataire de la Maison-Blanche. Enfin, un allégement, notamment en matière d’exigences minimales de fonds propres, ne pourrait se faire qu’à la marge. Car en matière de surveillance consolidée, tant UBS que Credit Suisse sont soumises aux règles non pas des Etats-Unis, mais de la Finma suisse. Qui applique des exigences parmi les plus sévères au monde.


Trump engage le bras de fer financier avec le reste du monde

La révision annoncée de la loi Dodd-Frank aux Etats-Unis marque la première grande rupture avec le durcissement des règles amorcée après la crise de 2008

La logique protectionniste de Donald Trump s’est exprimée en matière de commerce extérieur (avec la Chine), d’emploi (avec le Mexique) et d’industrie automobile (avec l’Allemagne). Désormais, elle embrasse aussi le monde de la finance. L’ordre exécutif sur la réglementation financière qu’il a signé vendredi se heurte non seulement aux autorités internationales comme le Comité de Bâle et le Conseil de la stabilité financière, mais surtout aux gouvernements qui en soutiennent les actions. En premier lieu: l’Allemagne et la Chine (à nouveau), mais aussi l’Union européenne dans son ensemble, le Japon, la Corée. Et la Suisse.

Le consensus international vise, depuis la crise de 2008, au renforcement de la stabilité financière pour éviter la répétition de l’effondrement économique qui avait suivi celui de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers: renforcement des fonds propres, limitation de la spéculation, clarification des structures bancaires. Engagées à la demande du G20, ces réformes sont toujours en cours. Les tensions générées par le sauvetage de la banque italienne Monte dei Paschi di Siena ont montré qu’elles n’ont pas encore atteint tous leurs objectifs.

C’est de tout ce système, progressivement mis en place depuis huit ans, que Donald Trump veut renverser. Quitte à réduire les exigences de fonds propres (et affaiblir les banques), faciliter la spéculation (et accroître les risques) et permettre une nouvelle opacité (et rendre plus difficile la détection des problèmes)? L’avenir le dira. Dans l’immédiat, le président américain veut que son pays impose ses nouvelles priorités à ses partenaires. Faute de quoi, il se retirera des forums internationaux où ces décisions se prennent. Il a engagé un bras de fer avec la Fed dans ce sens. Le reste du monde suivra-t-il? La tentation est grande, dans les marchés financiers, de s’aligner sur les exigences américaines, première économie au monde. Mais la mémoire de la crise de 2008 reste vive et risque de tempérer les ardeurs des partisans de la déréglementation.

Publicité