Le «sommet de la tech» fait partie de ces rencontres inattendues à ranger aux côtés de celles avec le rappeur Kanye West ou le démocrate Al Gore. Rassemblés dans la tour new-yorkaise de Donald Trump, QG de son équipe de transition, les patrons de quelques-unes des entreprises les plus puissantes du monde se sont présentés à tour de rôle comme le feraient des élèves à la rentrée des classes.

Si Larry Page d’Alphabet (maison mère de Google), Tim Cook d’Apple ou Satya Nadella de Microsoft se sont contentés de donner leur nom et celui de leur société, Jeff Bezos est allé plus loin: «Jeff Bezos, Amazon.com. Superexcité par les possibilités à venir. Ce pourrait être l’administration de l’innovation.»

Jeff Bezos, celui qui voulait envoyer Donald Trump dans l’espace…

L’enthousiasme du fondateur d’Amazon a de quoi surprendre. Il y a quelques mois, il suggérait d’envoyer le milliardaire dans l’espace via l’une de ses fusées Blue Origin.

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Jeff Bezos n’est pas le seul à avoir critiqué le nouveau président américain. Loin de là. Hormis Peter Thiel, instigateur du sommet et assis immédiatement à la gauche de Trump pendant la réunion, la Silicon Valley n’a pas épargné le candidat républicain, qui le lui a bien rendu. Le magnat de l’immobilier, ennemi de la neutralité du Net, a accusé, entre autres, Jeff Bezos d’avoir acheté le Washington Post pour des raisons fiscales et menacé Apple de boycott.

L’apaisement d’après-campagne

Mais la campagne est terminée et le candidat est devenu président. Le pragmatisme semble l’avoir emporté des deux côtés, à l’image de Donald Trump, plus que bienveillant en ouverture de la rencontre. «Nous voulons que vous continuiez à innover. Il n’y a personne comme vous dans le monde», a-t-il lancé. «Nous allons être là pour vous. Vous appellerez mon équipe, vous m’appellerez. Ça ne fait aucune différence. Il n’y a pas de chaîne de commandement formelle ici», a poursuivi le président élu.

Car si les deux camps s’opposent sur la question de l’immigration par exemple – la Silicon Valley milite pour plus de visas H1B réservés aux immigrés hautement qualifiés, Trump considère qu’ils pénalisent les travailleurs américains –, ils ont aussi des intérêts communs.

Plutôt favorable à une dérégulation à l’inverse de Barack Obama, Donald Trump envisage également de diminuer les taxes professionnelles de 35 à 15%. La mesure pourrait inciter Apple et les autres à rapatrier leurs dizaines de milliards de dollars stockés à l’étranger. Lors du sommet, il a aussi annoncé qu’il négocierait des traités commerciaux qui profiteraient aux entreprises américaines.

Une «honte», dit-on dans la Vallée

«La rencontre d’aujourd’hui a été informative et productive», a commenté un porte-parole de Cisco. «Le groupe a discuté de sujets critiques concernant la création d’emplois et l’innovation aux Etats Unis. Cisco a hâte de poursuivre ce travail avec la future administration et nos pairs», a-t-il ajouté.

Ce séjour new-yorkais n’a pas plu à tout le monde dans la Valley. «Les leaders de la tech devraient avoir honte de s’aligner comme des moutons après les attaques idiotes de Trump sur ce qui est le secteur le plus important, innovant et le plus tourné vers l’avenir des Etats-Unis», s’est emporté, avant même le sommet, Kara Swisher, journaliste du site spécialisé Recode.

Twitter, absent de marque

Cela n’a pas empêché Donald Trump de suggérer à ses invités des rencontres trimestrielles, selon USA Today. Proposition apparemment acceptée par les participants. Elon Musk, Bill Gates et Tim Cook ont même discuté seul à seul avec le futur pensionnaire de la Maison-Blanche.

Les PDG d’Uber et AirBnB, invités eux aussi, ont manqué le rendez-vous pour incompatibilité de calendrier. Jack Dorsey en revanche n’était pas convié. L’absence du patron de Twitter a étonné, connaissant la gourmandise avec laquelle le président élu utilise le réseau social.

Le site Politico croit savoir qu’il s’agissait d’une sorte de sanction. Pendant la campagne, Jack Dorsey se serait opposé à la création d’un emoji «crookedhillary» (Hillary l’escroc, une attaque récurrente du candidat républicain). Le clan Trump conteste l’information. Twitter ne serait simplement «pas assez gros», s’est justifié le président élu.


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