«Reprenez le contrôle de vos données!» Notre expérience participative sur la gestion des informations personnelles sur le web a suscité la curiosité d’une cinquantaine de lecteurs. Mercredi soir, les participants sont venus à la rédaction du Temps avec leurs doutes, leurs inquiétudes et leurs espoirs. Que faire face à des «mouchards» insaisissables? Le concept de vie privée est-il définitivement brisé?

Présentation du projet:  «Le Temps» propose une expérience participative

La conférence s’est ouverte par une succession d’exemples saisissants. L’occasion d’apprendre que l’opérateur Swisscom analyse vos comportements d’achat dans ses boutiques, que la puissante et méconnue régie publicitaire Amobee évalue votre risque de souffrir d’asthme ou de diabète en fonction de la météo ou que des firmes établissent sur des critères hasardeux votre degré de solvabilité. «Pour définir si vous êtes solvable ou non, ces entreprises vont se baser sur différents indicateurs comme vos maladresses typographiques. Cette information montrerait que vous êtes moins consciencieux et donc moins susceptible de payer vos crédits», a précisé Paul-Olivier Dehaye, fondateur des organisations PersonalData.io et MyData Geneva. Une intervention accueillie par des rires nerveux et des froncements de sourcils dans l’assistance. Et une pique ironique: «Pour avoir un téléphone sécurisé, il faut le briser avec une hache.»

Promouvoir le droit d’accès

S’est alors posée la question du droit. Le citoyen est-il suffisant armé pour se protéger? Le spécialiste a fait part de ses critiques aux lecteurs, en soulignant les faiblesses dans la mise en application des dispositifs légaux, comme le règlement européen sur la protection des données et son pendant suisse, en discussion au parlement. Pour faire bouger les lignes, PersonalData.io incite les internautes à formuler des requêtes auprès des plateformes numériques. «Il faut promouvoir le droit d’accès», a appuyé Paul-Olivier Dehaye. Son expertise sera vitale pour accompagner les participants dans leurs démarches.

Notre dossier sur la thématique:  La protection des données, une affaire personnelle

Cœur du projet: dix personnes partageront certaines données avec Le Temps et raconteront leur expérience sur nos différents supports, du journal papier au site internet. La première condition avait de quoi refroidir l’assemblée. Il était donc nécessaire de rappeler que les participants gardent évidemment le contrôle au moment de la réception d’une copie de leurs données, provenant d’une entreprise locale ou internationale. Ces informations sensibles resteront strictement confidentielles et ne feront l’objet d’aucune utilisation commerciale. L’objectif est éditorial: informer et sensibiliser l’ensemble des lecteurs. Une interface, qui facilite l’envoi de requêtes, est désormais disponible.

A ce stade de la conversation, plusieurs questions sont venues. La majorité pour obtenir des précisions techniques, l’opinion de Paul-Olivier Dehaye sur l’ampleur du problème et les possibilités d’action. Une participante a également rappelé l’intérêt de l’analyse de données. Et si tout cela était inoffensif, puisqu’on reçoit simplement des publicités personnalisées? «Le danger, c’est qu’il n’y ait pas de débat, a répondu le spécialiste. Nous devons étendre le champ de la transparence.» Le projet participatif entre désormais dans sa deuxième phase, celle de l’accompagnement. «Je me considère comme vigilant et proactif en termes de contrôle de mes données personnelles. Votre initiative me permettrait de valider ou non l’efficacité des mesures prises», confie un participant dans le formulaire d’inscription. On essaiera de répondre au mieux aux attentes des personnes impliquées.


Collaboration: Paul Ronga