Dans la tourmente boursière qui a secoué le marché suisse mercredi après-midi, l'action de Swatch Group s'est effondrée précipitamment de près de 15% sur une rumeur de résultats inférieurs aux attentes. De quoi inciter les responsables du plus grand groupe horloger mondial à avancer de deux jours la publication de leurs bons résultats 2000. Preuve s'il en fallait encore de l'extrême sensibilité des actions des groupes actifs dans le luxe, et plus particulièrement celles du groupe biennois ces dernières semaines, aux caprices de la conjoncture. La morosité chronique qui secoue le Japon, grand consommateur d'objets de luxe, la crainte de récession aux Etats-Unis, premier importateur d'horlogerie suisse, et la perte de confiance générale des investisseurs met le secteur sous pression. L'opération est en partie réussie puisque hier, à l'ouverture de la Bourse suisse, les titres Swatch Group entamaient vigoureusement la journée avec une hausse de plus de 10%, avant de la terminer sur des avancées plus modérées (+2,4% pour la porteur; +5,4% pour la nominative).

Sur le front des résultats 2000, Swatch Group engrange les premiers bénéfices de son expansion dans le segment haut de gamme et de sa puissance industrielle renforcée avec l'arrivée dans les comptes du groupe de Breguet (montres terminées), de Nouvelle Lemania (production de mouvements) acquis en 1999, et d'Universo (aiguilles). Le chiffre d'affaires brut du groupe s'est élevé à 4,263 milliards de francs, en hausse de 17,6%. A 714 millions de francs, le résultat d'exploitation s'inscrit en hausse de 39,7% par rapport à l'année 1999, tandis que le bénéfice net explose de 47,6%, à 651 millions. Pour 2001, et malgré les turbulences boursières, le groupe biennois demeure optimiste et confirme ses attentes positives. Présence accrue dans le haut de gamme, renforcement de la base industrielle et intégration plus marquée du réseau de distribution seront les axes forts pour l'année en cours.

Aussi tentaculaire que soit Swatch Group, il réalise l'essentiel de son chiffre d'affaires dans le secteur des montres terminées, lequel présente un chiffre d'affaires brut de 3,12 milliards de francs l'an dernier (+14,3%) pour un résultat d'exploitation de 559 millions (+28,5%). Une évolution favorable à mettre principalement au compte du segment supérieur. Comprenez qu'Omega, Blancpain et Breguet ont été les trois marques les plus conquérantes du groupe. Or lorsque Omega est en bonne santé – avec un chiffre d'affaires non publié mais estimé à plus d'un milliard de francs et une rentabilité remarquable –, c'est le résultat du groupe dans son ensemble qui s'en ressent positivement. A noter aussi à ce chapitre que la volonté de se renforcer dans le segment supérieur s'est concrétisée l'an dernier par l'acquisition des marques Jaquet-Droz et Glashütte Original.

Marque déjà revitalisée

Cette présence croissante dans le haut du panier horloger se conjugue avec une tentative de percée dans la joaillerie. S'il est à l'évidence trop tôt pour en mesurer les résultats, l'élargissement du champ d'activités des marques est acquis. Ainsi, après les bijoux Breguet et Swatch, le groupe biennois s'apprête à lancer, avec force communication, la marque joaillerie horlogerie Léon Hatot, acquise en 1998 déjà et revitalisée. Puis sont attendus les bijoux Omega, dont on imagine sans peine qu'ils font l'objet d'une attention soutenue eu égard à la puissance de la marque.

Commentant les résultats en hausse du secteur «production de montres, de mouvements et de composants», Swatch Group rappelle au besoin qu'il est «le plus grand fournisseur de composants de haute valeur et de mouvements complets pour l'industrie horlogère suisse, y compris les marques de luxe les plus importantes n'appartenant pas à Swatch Group». Sur ce sujet sensible, la forte demande interne semble perturber d'autant les livraisons à des tiers. Qu'il s'agisse de mouvements mécaniques, de spiraux ou d'aiguilles, les concurrents-clients regardent Swatch Group d'un œil attentif, bienveillant et inquiet.