Transport

Doris Leuthard chez Stadler, et ensuite?

En pleine croissance, le spécialiste du matériel roulant pourrait bénéficier de quelques impulsions positives avec la nomination de l’ex-ministre des Transports, selon les analystes. Mais pas de quoi alimenter la thèse du conflit d’intérêts

La nouvelle a fait grand bruit dans les médias, dès sa diffusion jeudi matin tôt. Et pour cause, le fabricant de trains Stadler devrait accueillir parmi ses administrateurs l’ex-conseillère fédérale chargée des Transports, Doris Leuthard. Soulignant dans un communiqué ses «compétences en matière de trafic et d’infrastructures», le président du groupe thurgovien, Peter Spuhler, a précisé que sa candidature sera soumise au vote des actionnaires lors de la prochaine assemblée générale qui se tiendra fin avril. Sur les marchés financiers, en revanche, cette nomination a fait l’effet d’un non-événement.

L’action, qui a gagné plus de 30% de sa valeur depuis son entrée en bourse au printemps, a même perdu quelques plumes au cours de la journée. «Il est rare qu’un titre réagisse fortement à un changement dans un conseil d’administration», note Jérôme Schupp de chez Prime Partners. Contrairement à une modification dans la direction générale, où les individus pèsent dans les décisions.

Faciliter les contacts

Celle qui a dirigé entre 2010 et 2018 le DETEC (Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication) pourrait faire profiter Stadler de son carnet d’adresses en Suisse et à l’international «pour faciliter des rencontres. Eventuellement augmenter la possibilité de gagner de nouveaux contrats», poursuit l’analyste. «Mais la décision finale d’un client de choisir l’entreprise se fait en fonction de l’adéquation du produit proposé avec ce qui est recherché, de son prix, de sa qualité, ainsi que sur les coûts d’utilisation», observe encore Jérôme Schupp.

Lire aussi: Stadler Rail entre en bourse par la grande porte

Le groupe de Bussnang (TG), comptant 8500 employés dans le monde, dont 3000 en Suisse, amorce une phase d’expansion. Stadler, qui a réalisé 2 milliards de francs de revenus, s’attend à doubler sa croissance l’an prochain. Dès 2021, celle-ci est attendue à un rythme annuel de 5%. Et il semble en bonne voie, «en témoigne le très grand nombre de contrats qu’il décroche, observe Reto Hess de Credit Suisse. Le groupe profite d’une hausse globale de la demande en matériel de transport, liée à une mobilité croissante de la population et à un phénomène d’urbanisation», ajoute-t-il.

Il parvient par ailleurs à se profiler dans des segments innovants, remportant récemment notamment un premier contrat aux Etats-Unis pour la livraison d’un train à propulsion par hydrogène.

Lire également Le train à hydrogène trouve sa voie

Mais il est trop tôt pour dire si l’ancienne conseillère fédérale, qui a porté la stratégie énergétique de la Confédération, pourrait donner des impulsions positives dans ces segments alternatifs. Tout comme pour tirer un premier bilan de son arrivée au conseil d’administration de Coop et de sa filiale Bell, spécialisée dans les produits carnés, fait remarquer Vontobel.

Proximité critiquée

Ce premier mandat, officialisé ce printemps, avait, comme l’annonce de jeudi, soulevé des critiques, notamment dans les sphères politiques, ravivant le débat sur le «pantouflage», soit l’acceptation par d’anciens conseillers fédéraux ou hauts responsables de l’administration fédérale de mandats dans des sociétés privées. «La candidature de Doris Leuthard respecte le délai de carence d’un an exigé pour les responsables politiques quittant l’administration fédérale pour le privé», balaie Stadler dans son communiqué.

Lire encore: Doris Leuthard, retour dans le privé

Les Chambres fédérales ont été tentées sans succès à plusieurs reprises de légiférer. En particulier après l’entrée de l’ex-ministre des Infrastructures Moritz Leuenberger au conseil d’administration du numéro un de la construction Implenia fin 2010, quelques semaines seulement après son départ du gouvernement. Reste à voir ce qu’il adviendra de ce projet de «Lex Leuenberger», avec un parlement désormais plus à gauche et plus jeune.

Publicité