Doris Leuthard rentre aujourd’hui de Colombie avec de «bonnes nouvelles». Le Parlement colombien, a-t-elle appris auprès du président conservateur Alvaro Uribe, devrait ratifier d’ici à la fin du mois le Traité de libre-échange conclu avec l’AELE en novembre dernier. Il ne manquera alors plus au texte que l’agrément du Conseil des États, cet automne, pour pouvoir entrer rapidement en vigueur – «l’an prochain», espère la conseillère fédérale.

L’accord s’ajoutera à deux conventions dont la délégation suisse attendait beaucoup, et «sans lesquels le Traité ne servirait presque à rien pour les entreprises», selon l’entourage de la cheffe du département économique: un accord de protection des investissements négocié en 2006, et un autre pour éviter la double imposition. Au cours de sa réunion avec le président Uribe et son ministre du Commerce, Luis Guillermo Plata, mardi, la ministre a aussi été rassurée sur ces points: le premier texte serait enfin prêt pour une ratification expresse, et il ne manque au second que l’examen de la Cour constitutionnelle.

L’année 2010 devrait donc voir les portes s’ouvrir davantage pour les entreprises suisses en Colombie, à un moment jugé propice par Leuthard: «Vous avez un grand potentiel, a-t-elle estimé devant les journalistes locaux. Vos banques, par exemple, sont plus stables que les nôtres.» La Secrétariat à l’Economie a déjà inclus le pays dans une liste de 7 nations en transition, «prioritaires» pour la coopération.

Cet engagement de la Confédération a été critiqué par plusieurs organisations de défense des Droits Humains, comme Amnesty International, qui rappelle le sort des syndicalistes colombiens: 49 d’entre eux ont été assassinés en 2008, ce qui fait du pays le plus dangereux au monde pour les affiliés. «Ce n’est pas acceptable», aurait rappelé à Alvaro Uribe la ministre suisse, qui a également rencontré le dirigeant de la principale centrale syndicale du pays. «Mais nous pensons qu’il est plus utile de travailler à la sécurité des militants et au dialogue avec les entreprises en dehors du Traité», précise-t-elle.

En partenariat avec l’OIT et Bogota, Berne doit ainsi engager un programme de protection et de sensibilisation des entrepreneurs, chiffré à 7 millions de francs, dont les modalités restent à définir. «Nous devons faire comprendre aux PME comme aux multinationales qu’il en va de leur intérêt, explique le porte-parole du DFE, Christophe Hans. Le consommateur suisse, de plus en plus, exige des produits élaborés dans des conditions de travail décentes.»

Les entreprises conservent certaines inquiétudes sur le climat des affaires à Bogota. Les pharmaceutiques cherchent à assouplir les pratiques d’attribution des brevets. «Des médicaments sont brevetés au Japon ou aux Etats-Unis mais rejetés ici», souligne le directeur régional de Novartis, Carlos Garcia. Plus globalement, les patrons critiquent un manque de stabilité de la politique économique – le gouvernement songe à une nouvelle réforme fiscale – et la lourdeur des démarches. Inventive en formulaire et timbres officiels, la bureaucratie colombienne a déjà été épinglée dans plusieurs classements internationaux de compétitivité.