La conseillère fédérale Doris Leuthard a quitté Pékin hier avec le sourire. Après un premier séjour d'une semaine en juillet dernier, elle a profité du vol inaugural de Swiss entre Zurich et Shanghai, «une ligne importante pour nos relations économiques bilatérales», pour approfondir pendant trois jours ses relations chinoises. Son interlocuteur d'alors, l'extraverti ministre du Commerce Bo Xilai, a en effet laissé sa place en décembre dernier. Il était donc important de rencontrer son successeur afin de savoir s'il envisageait de donner la même direction aux relations sino-suisses. Visiblement, l'heure et demie de discussion avec un Chen Deming «parfaitement au courant de l'Etat des relations économiques entre les deux pays», qui s'est prolongée pendant le déjeuner, a été «très intéressante et ouverte», c'est-à-dire très satisfaisante.

Pékin négocie avec d'autres

Le processus en cours en vue d'un accord de libre-échange entre les deux pays a évidemment occupé une place centrale dans les discussions. Chacune des parties s'est lancée dans une étude de faisabilité, au terme de laquelle une étude conjointe débutera. La rapidité de la mise en pratique semble pourtant fortement varier entre les deux partenaires. «Côté suisse, celle-ci est presque achevée», a assuré la conseillère fédérale. «Les Chinois ont dit avoir beaucoup avancé mais le Ministère de l'industrie est très réticent car il désire protéger ses industries. Ils sont très surpris de notre compétitivité, qui menacerait leurs secteurs de la chimie, de la pharmacie et surtout de la machinerie, mais nous leur assurons que nos industries sont en fait plus complémentaires que concurrentes.»

Le Ministère chinois du commerce a expliqué sa volonté d'intégrer à la rédaction de cette étude tous les ministères, ce qui a ralenti son avancée, tout en faisant part d'un manque de personnel: Pékin négocie actuellement des accords de libre-échange avec une vingtaine d'autres pays, ce qui requiert une main-d'œuvre importante. Une année serait donc nécessaire pour arriver au terme de cette présente étude, puis trois années d'étude conjointe jusqu'à la signature d'un accord définitif.

La conseillère fédérale s'est longuement consacrée aux discussions autour d'un accord préliminaire sur l'environnement. Samedi, elle a en effet rencontré le secrétaire général du parti de Shanghai, l'homme le plus important de la ville, et l'a invité à participer à une conférence en Suisse sur le sujet. Les Chinois seraient en effet intéressés par la technologie helvète en matière d'environnement et d'énergie, notamment par ABB, très implanté dans le pays. «En guise de phase expérimentale, une région chinoise serait choisie: la Suisse ne peut pas opérer sur toute la Chine et cela permettra d'être au plus près des besoins locaux.» Doris Leuthard a bon espoir que l'accord préliminaire puisse être signé cet automne.

La question du respect de la propriété intellectuelle n'a pas été oubliée. Si la Chine a mis en place une législation de plus en plus restrictive et sévère à l'égard des contrefacteurs, son application demeure toujours aussi lâche. «Les secteurs suisses principalement touchés sont l'horlogerie et les machineries», assure Doris Leuthard. Malgré la copie de ses technologies, la Suisse demeure l'un des rares pays à préserver un excédent commercial vis-à-vis de la Chine: en 2007, ses exportations ont atteint 5,4 milliards de francs (+31,6%) et ses importations 4,8 milliards (+21,4%).

U Doris Leuthard n'a pas caché que la situation des droits de l'homme au Tibet constituait un problème. (ATS)