Markus Blocher, 33 ans, est le plus jeune président de la direction d'une société suisse cotée en Bourse. Le fils du conseiller fédéral et frère de Magdalena Martullo, patronne du groupe Ems, peut se féliciter de l'accueil réservé par les marchés financiers. L'action Dottikon ouvre à 200 francs et clôture la séance à 202,50 francs jeudi. Les investisseurs évaluent ainsi la société à 258 millions de francs. Pour mieux apprécier le succès de cette opération de séparation (spin-off) de la division chimie fine du groupe Ems, il suffit de comparer le prix d'ouverture aux estimations des analystes. LODH par exemple estime correct un prix de 180 francs. A ce dernier prix, Dottikon offrait déjà une prime de 10% avec Siegfried, société tout à fait comparable par la taille et le domaine d'activité.

Dottikon est un groupe qui ne manque pas d'intérêt, même si chacun s'accorde à reconnaître l'excès de capacités qui règne aujourd'hui dans la chimie. Cette situation éclaire le choix du conseil d'administration de préférer un spin-off et une cotation en Bourse à une éventuelle vente à un concurrent.

L'histoire de ce nouveau-né de la Bourse suisse n'est pas banale: situé à Dottikon, dans les environs de Baden, le groupe de Markus Blocher a démarré dans l'industrie des explosifs, en 1913, un domaine qu'il quitte en 1969 pour se spécialiser dans la chimie. Racheté en 1987 par Ems-Chemie, il devient Ems-Dottikon en 1990 et, aujourd'hui, Dottikon Exclusive Synthesis. Son marché, c'est la chimie fine destinée à l'industrie pharmaceutique et à l'industrie. Sa taille, 200 milliards de francs au plan mondial, réparti entre la pharma et l'industrie. Un cinquième du marché est le résultat d'un outsourcing de la production à des sous-traitants tels que Dottikon. Cette proportion varie dans le temps et entre secteurs. Au sein de la pharma, 30% de la production est outsourcée à des sous-traitants et 70% «insourcée». La tendance est clairement à l'insourcing dans la pharma. Les concurrents à Dottikon ne sont donc pas seulement les groupes comme Lonza ou DSM, mais les groupes pharmaceutiques eux-mêmes.

La qualité première de Dottikon réside dans la maîtrise des processus chimiques complexes. Sécurité est un maître mot, et cGMP (current Good Manufacturing Practices) sa traduction dans le langage des experts. Le groupe argovien est également réputé pour sa capacité à adapter très rapidement sa production aux besoins de ses clients. La production doit passer de quelques grammes à plusieurs tonnes en un minimum de temps. Dans ce segment des réactions chimiques critiques, celui de Dottikon, le marché est estimé à 2 milliards de francs, selon le prospectus d'émission.

Une période très favorable

Dottikon, dont la quasi totalité de l'effectif est basée en Suisse, dispose de structures très légères. On retrouve la même philosophie que celle de Ems. D'ailleurs l'actionnaire principal est le même, Emesta (la famille Blocher), avec 58,7% du capital. Le conseil d'administration ne comporte que trois membres. Il est présidé par Heinz Boller, ancien patron de Novartis Switzerland. Les deux autres administrateurs sont Peter Grogg, président de Bachem, et Robert Hofer, un expert en production pharmaceutique.

Le moment choisi pour l'entrée en Bourse est très favorable à l'actionnaire principal. Les titres chimiques viennent de réaliser un joli mouvement haussier. Ems a gagné près de 20% depuis le début janvier. D'ailleurs le spin-off s'est déroulé extrêmement vite. Le 11 février dernier, Magdalena Martullo annonçait l'intention de sortir Dottikon de Ems. A peine un mois plus tard, par l'intermédiaire de la BZ Bank, les titres entrent en Bourse. En fait, Dottikon présente d'excellents résultats 2004 avec un bénéfice net en augmentation de 76%. Mais Dottikon a peu investi: 7,4 millions en 2004, 8,5 millions en 2003. La direction admet que les investissements devraient se situer entre 10 et 15 millions en année normale.