Qui croire à propos des atouts de la place économique française aux yeux de Nestlé? Le grand patron Peter Brabeck ou ses directeurs régionaux? Le discours, en effet, diverge.

L'affaire Perrier et les conflits syndicaux au sujet de la très faible productivité des installations d'embouteillage ont laissé des traces dans la mémoire de Peter Brabeck. Sur le papier, tout est pourtant rentré dans l'ordre, après la menace de tout vendre. Seule la verrerie a été cédée l'an dernier. «Nous avons recommencé à faire de la publicité pour la marque Perrier. La productivité et la rentabilité s'améliorent, même si on n'atteint pas encore la performance italienne de San Pellegrino», explique Carlo Donati, responsable de Nestlé Waters.

En réalité, Peter Brabeck fustige les conditions-cadres françaises. Le 30 janvier, lors d'un débat à la télévision alémanique, il a dénoncé «le manque de souplesse des travailleurs et des syndicats». Avant de préciser: «Nous avons créé 1000 emplois en Suisse, soit un investissement de 50 millions de francs, affectés uniquement au marché français.» Créer des emplois en périphérie est une solution. L'autre consiste à sous-traiter la fabrication et du même coup se décharger des problèmes sociaux.

Le récent accord avec le chocolatier Barry Callebaut, qui acquiert l'usine Nestlé de Dijon, va dans ce sens. Un volume de production de 100000 tonnes de chocolat en France et en Italie est ainsi transféré. L'analyste financier de la banque Vontobel estime à 50 millions de francs le prix des usines Nestlé cédées avec leur personnel. D'autres partenariats de ce type ont été récemment conclus pour les produits laitiers (avec Lactalis) et la confiserie (avec Net Cacao).

Nestlé n'abandonne pourtant pas le marché français, où elle réalise un chiffre d'affaires annuel de plus de 5 milliards d'euros, gère 33 sites de production (35 en 2005), et emploie 17000 personnes (17450 en 2005). La France constitue le deuxième marché du groupe (8,3% des ventes) derrière les Etats-Unis (28,1%). Des investissements moyens annuels de 150 millions d'euros sont réalisés (3% du budget total 2006).

«Nous ne quittons pas la France, où nous employons davantage de personnel qu'il y a quinze ans», insiste Luis Cantarell, responsable des marchés européens.