En 2010, le scandale des implants mammaires frauduleux fabriqués en France a mis en exergue les lacunes du système européen de certification des dispositifs médicaux. Dix ans plus tard, personne n’aurait l’idée saugrenue de contester le bien-fondé du nettoyage réglementaire opéré depuis par la Commission européenne pour assurer la sécurité des patients.

A un peu plus de trois mois de l’entrée en vigueur de la réforme, la cacophonie qui règne et qui menace d’entraver la compétitivité de tout un secteur laisse par contre perplexe. Pour faire le ménage, Bruxelles a divisé par cinq le nombre d’organismes habilités à certifier les quelque 500 000 produits utilisés par les hôpitaux et les médecins. Résultat: les entreprises doivent patienter de longs mois pour obtenir un feu vert commercial. Une situation intenable pour de nombreuses PME.

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Cette mise en œuvre chaotique représente du pain bénit pour les partisans suisses de l’Alleingang puisque la campagne en vue de l’initiative «Pour une immigration modérée» vient d’être lancée. Quelle occasion inespérée de montrer à quel point l’Union européenne est devenue une usine à gaz! En semblant rester sourds aux appels à l’aide de la medtech, les technocrates européens montrent, il est vrai, une image peu reluisante de ce qui devait être une construction enthousiasmante, un havre de paix, mais aussi de prospérité.

Les adeptes de l’isolationnisme seraient toutefois bien avisés de réfléchir à deux fois avant de récupérer politiquement l’affaire. En paralysant les relations institutionnelles entre Berne et Bruxelles, ils ont forgé le deuxième boulet qui ne grève, lui, que les sociétés suisses. Menacées de ne plus pouvoir continuer à opérer sur leur principal marché depuis la Suisse, elles sont désormais contraintes de trouver rapidement un représentant légal européen.

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Non, vraiment, la politique ne sort pas grandie de l’embrouillamini dans lequel elle a plongé cette branche. Que dire en effet du silence embarrassé dont le Conseil fédéral fait preuve dans ce dossier? La nécessité d’œuvrer en coulisses n’excuse pas son mutisme. Une empathie publique plus manifeste serait bienvenue.

Pour surmonter les coûteux tracas qu’ils subissent, voilà donc les fabricants suisses de prothèses, d’implants ou de matériel chirurgical doublement condamnés à exceller pour continuer à se démarquer de leurs concurrents. Gageons que beaucoup y parviendront, tant l’écosystème qui a été développé est exemplaire.

Mais une chose semble sûre: les succès à venir de la Health Valley n’auront été tissés ni par Bruxelles ni par la Berne fédérale.