«Je crois que Stuart Gulliver fait un excellent travail» à HSBC

SwissLeaks Les responsables de la banque ont été auditionnés par un comité parlementaire britannique

Les deux dirigeants disent avoir radicalement réformé leur institut

La session du comité parlementaire britannique au Trésor mercredi promettait de faire des étincelles et elle aura à peu près tenu ses promesses. Les treize députés avaient convoqué Douglas Flint et Stuart Gulliver, respectivement président exécutif et directeur général de HSBC, pour près de deux heures d’un interrogatoire public serré.

Un peu plus de deux semaines après «SwissLeaks», les patrons de la banque britannique devaient s’expliquer sur les pratiques d’évasion fiscale à grande échelle mises au jour. A défaut d’apporter de vraies nouvelles informations, la session aura permis quelques sérieuses confrontations, dont celle de John Mann, un député travailliste, avec Douglas Flint. Le député a commencé par rappeler que l’actuel président était directeur financier de HSBC depuis 1995, membre de son conseil d’administration, et avait donc approuvé la multiplication d’acquisitions de la banque à l’époque, y compris les filiales suisses. Puis, le regard planté dans celui de Douglas Flint, il a lancé:

– Pourquoi n’avez-vous pas viré Stuart Gulliver?

– Je crois que Stuart Gulliver fait un excellent travail […].

– Pourquoi n’avez-vous pas démissionné vous-même, alors? S’il n’est pas responsable, c’est vous.

Face à cette attaque, qui est revenue plusieurs fois dans la bouche des différents députés, Douglas Flint s’en est tenu à la même ligne de défense que celle qu’il exposait lundi lors de la présentation des résultats annuels de la banque.

Premièrement, il accepte sa part de la «responsabilité collective» du conseil d’administration, mais refuse une responsabilité individuelle directe. Deuxièmement, depuis que lui et Stuart Gulliver ont pris les rênes du groupe il y a quatre ans, ils ont radicalement réformé la banque privée. HSBC Suisse a réduit son nombre de comptes bancaires de 30 000 à 10 000. Les clients doivent désormais prouver annuellement que leurs affaires fiscales sont en règle et les retraits en liquide sont maintenant limités à 10 000 dollars. Parlant de la Suisse, mais aussi des autres scandales financiers qui ont éclaboussé la banque, Douglas Flint ajoute: «J’espère sincèrement que nous n’avons plus de squelettes dans le placard.»

La session parlementaire a permis de lever un peu plus le voile sur les pratiques de HSBC Suisse pendant la première décennie des années 2000. Il en va par exemple de la pratique des comptes sans correspondance («hold mail accounts»): son détenteur demandait de ne jamais recevoir aucune lettre ou information directement chez lui, pour ne laisser aucune trace. Vers 2006-2007, il s’agissait encore d’une pratique courante. «Donc, si je comprends bien, attaque un député, il était possible d’avoir un compte, de demander «surtout, ne m’écrivez jamais», puis de venir retirer en personne de larges montants en liquide. Et c’était considéré comme quelque chose qui n’était pas suspect?» Réponse piteuse de Douglas Flint: «Pas à cette époque.» Il ajoute cependant que HSBC Suisse n’était pas une banque «anormale» en ce sens, et que ses concurrents avaient les mêmes pratiques. «C’était une époque différente.»

Par ailleurs, une polémique est née entre la France et le Royaume-Uni sur les fichiers transférés aux autorités françaises par Hervé Falciani. En 2010, les autorités françaises ont passé ces noms aux Britanniques, mais avec d’importantes limites: selon Lin Homer, qui dirige les autorités fiscales britanniques, il lui était interdit de partager ces noms avec d’autres agences du Royaume-Uni, y compris celles luttant contre le crime financier. Ainsi, sur 3200 noms reçus, une seule poursuite judiciaire a abouti. Lin Homer a finalement reçu le 18 février le feu vert de la France pour partager ces données avec d’autres agences.

«J’espère sincèrement que nous n’avons plus de squelettes dans le placard»