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«La douleur passera du contribuable au créancier»

Beat Wittmann, directeur de Dynapartners, juge qu’un défaut de paiement des pays européens les plus endettés sera inévitable à terme

«Il n’y a pas encore de bulle sur le marché obligataire», considère Beat Wittmann, directeur de Dynapartners. Dans l’immédiat, le fondateur de la société, active dans le conseil aux institutionnels et la gestion de fortune pour clients fortunés, estime que les emprunts d’Etat restent une classe d’actifs intéressante compte tenu d’un environnement toujours déflationniste. Aux États-Unis, la reprise s’effectue sans réelle augmentation du nombre d’emplois et la consommation reste faible. Le nouveau plan d’investissement dans les infrastructures qui vient d’être présenté par Barack Obama n’aura aucun impact significatif sur la conjoncture américaine. De manière générale, la demande reste élevée pour les obligations d’Etat de haute qualité, en particulier chez les investisseurs institutionnels. Et si les rendements des emprunts gouvernementaux américains ont reculé à un plus bas historique, ils restent encore bien loin des niveaux atteints au Japon.

Vers des défauts de paiement

Beat Wittmann se montre en revanche très pessimiste quant aux perspectives pour les emprunts d’État européens les plus endettés comme la Grèce, l’Irlande et l’Espagne. Même si l’attention autour de ce thème est quelque peu retombée, la situation ne s’est pas pour autant améliorée dans ces pays. Ils devront assurer un service de la dette plus élevé et n’afficheront aucune croissance. Au final, «la douleur passera probablement du contribuable au créancier», anticipe Beat Wittmann qui s’exprimait lors d’une présentation aux investisseurs mercredi, à Zurich. «Pour résoudre la crise de la dette souveraine en Europe, la meilleur e solution serait un défaut de paiement réalisé de manière ordonnée », juge l’ancien directeur des produits d’investissement chez Julius Baer jusqu’en novembre 2008, avant qu’il ne fonde Dynapartners l’an dernier. Basée à Zollikon, la société se donne pour objectif de gérer des actifs allant jusqu’à 4 milliards de francs d’ici fin 2010 avec une trentaine d’employés. Outre son siège zurichois, la société est aussi présente à Genève. Depuis avril, ses activités de gestion de fortune ont été regroupées dans une entité légale séparée baptisée Dynapartners Wealth Management.

Les actions espagnoles à la baisse

Dans la dernière mise à jour, l’allocation d’actifs de la société reflète l’ensemble de ces préoccupations. Son portefeuille global est composé à hauteur de 20% d’obligations d’État. La part des actions se limite à 26%, dont la moitié est consacrée aux secteurs de l’énergie (6%) et des technologies (7%). En revanche, la société mise sur une baisse des actions espagnoles avec une proportion de 4% dans son portefeuille. L’or a toujours sa place avec 16% de l’ensemble du portefeuille. Le fait que les investisseurs hésitent entre craintes déflationnistes et inflationnistes sur le long terme constitue un terrain idéal pour conduire à une hausse du métal précieux.

Marchés émergents: le meilleur est passé

Les actions, qui représentaient encore 50% de l’allocation début août, ont été réduites de moitié en l’espace d’un mois. La croissance anémique aux États-Unis finira par affecter l’évolution des bénéfices des entreprises. D’autant plus que les résultats des prochains trimestres ne profiteront plus d’un effet de base favorable comparé à l’an précédent, comme cela a été le cas durant le premier semestre. Au final, seules les actions des «global titans », des grandes multinationales bien gérées, leaders sur leur marché et financièrement solides, restent attrayantes. En Suisse, il s’agit typiquement de titres comme Nestlé, Novartis ou Roche. En revanche, Dynapartners estime que la phase de surperformance massive des marchés émergents durant ces derniers mois est terminée. L’Asie est la seule région pour laquelle les perspectives restent positives, mais n’offre actuellement pas un point d’entrée suffisamment attrayant pour les investisseurs.

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