Est-ce légal? Des spécialistes des cryptomonnaies doutent du sérieux du Giracoin, la monnaie introduite par la start-up Gira Financial qui a l’ambition de devenir une monnaie virtuelle au service des PME, un peu sur le modèle de la banque bâlois WIR.

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Mais les critiques abondent. Il est vrai qu’elle ne figure pas au sein des quelque 750 cryptomonnaies répertoriées par certains spécialistes. En outre, pour le site NewsOnlineIncome par exemple, ce n’est pas une vraie cryptomonnaie parce qu’elle n’a pas de valeur en dehors du seul site Giracoin.com. Son mode de rémunération évoquerait aussi des modèles qui ne sont pas autorisés. De plus, la monnaie ne serait pas le résultat d’un processus de minage «open source», comme le sont les cryptomonnaies, et ne reposerait pas sur une blockchain. Enfin, le système de vente de jetons transformés ensuite en Giracoins est inhabituel.

Arrivée de l’ancien patron de la bourse suisse

Mardi, Gira Financial communiquait l’arrivée au sein de son Advisory Board de Christian Katz, directeur général de la bourse suisse SIX Swiss Exchange de 2009 à 2015. Ce conseil comprend également Sabina Korfmann-Bodenmann, fondatrice de la société de communication KCCC, et Bernhard Madörin, associé d’Artax Fide Consult.

La société Gira Financial Group (GFG) est bel et bien enregistrée au sein de l’association d’autorisation PolyReg, comme cette dernière le confirme au Temps. Cela signifie qu’elle répond aux contrôles liés à la loi anti-blanchiment. La société n’est pas directement contrôlée par la Finma. Cette dernière déclare «ne pas s’exprimer sur le sérieux d’une entreprise».

Face aux critiques, la société répond que «le Giracoin, à l’évidence, est une cryptomonnaie». GFG explique qu’il n’y a pas de liste officielle de cryptomonnaies. «Des sites pertinents présentent des listes incomplètes, sur lesquelles le Giracoin n’est pas (encore) inscrit. Sur d’autres il y est bel et bien (par exemple sur le site Cryptocoinexchange.com). La présence sur un site n’est pas un critère pertinent définissant ou non une cryptomonnaie», argumente la société.

Eviter une manipulation

«Le Giracoin est le résultat d’un processus de minage qui peut être observé en direct sur le site Blockexplorer.giracoin.com/insight/», assure GFG. Ce processus «est public et peut être examiné en tout temps. Mais, à l’inverse du bitcoin, il n’est pas open source», poursuit GFG. Cela signifie que les Giracoins sont le résultat d’«un minage assuré uniquement par GFG». Ce procédé a l’avantage d’éviter «une manipulation de la blockchain par des attaques extérieures sur 51% des points de vente», indique la start-up.

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«Il est faux de dire que le Giracoin n’a de valeur que sur le site de Giracoin. Par contre il est correct que cette cryptomonnaie monnaie a, premièrement, une valeur de fabrication, deuxièmement une valeur de spéculation et troisièmement une valeur de marché [il peut déjà être utilisé pour l’acquisition de biens et services]», répond la société.

Un marketing en réseau

La start-up reconnaît employer un système de marketing en réseau, «mais il s’agit d’un système de provisions tout à fait normal, tel que le pratiquent les assurances. Le concept de réseau s’inscrit parfaitement dans l’esprit d’une cryptomonnaie», explique Gian-Carlo Collenberg, directeur de la start-up.

GFG note un double problème au sein des cryptomonnaies. Il existe effectivement, à son avis, des acteurs douteux, avec un siège dans les pays offshore. Ils déclarent gérer une blockchain mais en réalité ne le font pas. GFG, qui invite les personnes intéressées à la visiter, a «toujours voulu être une entreprise suisse sérieuse, transparente et respectueuse des réglementations suisses».

Vendre «de vrais produits»

Face à la critique d’avoir monté un système frauduleux où les clients sont rémunérés par les nouveaux entrants (Ponzi), la direction souligne «la différence entre un système de distribution autorisé en réseau [comme pour les Tupperware] et un système de Ponzi». Elle pratique, dit-elle, le premier des deux. La société «vend de vrais produits ayant une valeur et ne joue pas seulement un rôle d’intermédiaire avec les participants. Le système n’est pas construit pour y mettre un terme au moment opportun. Au contraire, les provisions sont calculées de façon conservatrice. GFG crée des provisions suffisantes en vue de leur versement.» L’entreprise n’a pas l’intention de gagner de l’argent avec l’émission de Giracoins, mais avec le trafic de paiements et les services qui lui sont liés. «GFG n’est pas dépendant de l’arrivée de nouveaux clients», affirme sa direction.

Quant au prix du Giracoin, il «n’est pas fixé par l’entreprise mais est le résultat de l’offre et de la demande», conclut la start-up.