Le projet de mégafusion de NYSE Euronext et Deutsche Börse qui devrait prendre forme cette semaine soulève de nombreuses interrogations, notamment sur l’organisation de ce qui formerait la première bourse du monde et sur d’éventuels problèmes de concurrence.

Le conseil de surveillance de Deutsche Börse doit se réunir mardi avant la publication de ses résultats annuels et doit se prononcer sur le plan de fusion, a déclaré à l’AFP une source financière. Qui va détenir le pouvoir réel au sein du nouvel empire? Son architecture s’annonce d’ores et déjà complexe, avec un double siège à New York et Francfort et une holding commune aux Pays-Bas.

Si les actionnaires du groupe allemand sont majoritaires, possédant entre 59 et 60% du nouvel ensemble, son comité exécutif serait composé à parts égales de dirigeants des deux entreprises, selon le schéma provisoire présenté la semaine dernière.

Duncan Niederauer, le patron de NYSE Euronext, en prendrait la direction opérationnelle, tandis que Reto Francioni, le patron de Deutsche Börse, en assurerait la présidence. «Personne ne peut vraiment croire que les Américains vont se contenter d’être des partenaires mineurs», selon l’analyste de HSBC, Johannes Thormann, cité par le Handelsblatt.

Il en veut pour preuve la fusion en 2007 du New York Stock Exchange avec Euronext (l’union des bourses de Paris, Amsterdam, Bruxelles et Lisbonne) «où les Américains n’avaient pas non plus le premier rôle au départ», avant de prendre l’ascendant par la suite.

Les milieux politiques réagissaient prudemment au projet et, en attendant d’en savoir plus, se disaient surtout soucieux de préserver les intérêts nationaux.

«Nous serons très attentifs à ce que les équilibres soient maintenus», a déclaré vendredi à Berlin la ministre française des Finances, Christine Lagarde. «Nous examinerons attentivement le processus et nous défendrons les intérêts de la place financière de Francfort», a promis de son côté le Ministère de l’économie de l’Etat régional de Hesse.

Les deux groupes prévoient de dégager 300 millions d’euros (395 millions de francs) de synergies par an, un objectif qui a enthousiasmé les investisseurs, mais beaucoup moins les salariés.

«Pour les salariés, en général, les synergies sont synonymes de suppressions d’emplois», a déclaré à l’AFP Irmtraud Busch, membre du comité d’entreprise de Deutsche Börse, qui craint elle aussi une perte d’importance de la place de Francfort au profit de New York.

Le nouveau colosse de la bourse se retrouverait en situation de quasi-monopole dans plusieurs segments de marché, en particulier dans les produits dérivés, ce qui pourrait faire tiquer les autorités anti-cartels nationales et européennes.

«C’est un peu trop tôt pour nous pour émettre quelque commentaire ou préoccupation que ce soit», a cependant réagi une porte-parole de la Commission européenne, chargée des questions de concurrence.

«Nous sommes sceptiques sur les fusions transatlantiques […] en raison de difficultés culturelles, politiques, légales et réglementaires qui empêchent probablement un succès à moyen ou long terme», écrivaient les analystes de LBBW, qui qualifiaient le projet de «mégalomanie».

Les analystes de UniCredit regrettaient déjà le modèle vertical intégré de Deutsche Börse, qui pourrait être remis en question.

Heureux en Europe avec ses activités de négoce sur les marchés d’actions (Xetra), de dérivés (Eurex) et de règlement-livraison (Clearstream), Deutsche Börse a en effet déjà du mal avec sa filiale américaine ISE. L’opérateur allemand a aussi raté son mariage avec la bourse de Londres en 2005 et avec Euronext en 2006, qui lui avait préféré New York l’année suivante.