Decathlon est une exception. La chaîne de magasins de sport a annoncé lundi le début d’une grande campagne de recrutement pour appuyer son déploiement dans le pays. Elle cherche 200 personnes supplémentaires, pour moitié dans la vente physique, 30% dans l’e-commerce et 20% dans la logistique et l’approvisionnement.

Mais cela ne signifie pas que la reprise est générale sur le front de l’emploi. Dans le commerce de détail, «les prévisions d’embauche augmentent, mais sont encore légèrement négatives», indique Justus Bamert, économiste de l’institut zurichois KOF. Dans l’hôtellerie et la restauration, durement touchés par la crise, les volontés de recruter sont également fébriles, voire inexistantes. L’indice de l’emploi du KOF dans ces secteurs reste très faible en comparaison historique. Mais là aussi, ajoute-t-il, «les prévisions pour les mois à venir ont augmenté par rapport au premier trimestre».

En Valais, Christophe Juilland, responsable de l’Observatoire cantonal de l’emploi, note que le nombre de places vacantes annoncées en avril auprès des ORP dans les secteurs touristiques s’élève à 391, contre seulement 41 en avril 2020.

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Mais du côté de GastroSuisse, «nous n’avons aucune indication que davantage d’emplois seront créés». Une enquête menée en avril auprès de 2500 membres a montré que près d’un établissement sur trois estime probable ou très probable que des licenciements devront être effectués au cours du deuxième trimestre, rappelle la faîtière. «Pendant l’ouverture partielle, ils sont nombreux à fonctionner avec un personnel réduit», selon sa porte-parole.

L’industrie avance par paliers

Dans d’autres secteurs sensibles aux cycles conjoncturels, le même genre de signaux émergent. Dans l’industrie, quelques informations sont à trouver dans l’indice PMI des directeurs d’achat. Le sous-indice de l’emploi se trouve à 54,2 points. Un cinquième mois consécutif de hausse. Mais Claude Maurer, le chef économiste de Credit Suisse, cherche à tempérer: «La dynamique des embauches reste assez modérée, on est loin des niveaux record.» Cette retenue pourrait être liée à un certain scepticisme quant à la durée de la forte reprise observée actuellement dans l’industrie, suggère-t-il.

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«Le chômage partiel a été très utile, ajoute Philippe Cordonier. Il a aidé les entreprises à moins licencier, et à être prêtes à assurer la reprise.» Si le responsable romand de la faîtière Swissmem évoque les RHT, c’est parce que c’est peut-être en partie la raison pour laquelle le rebond des embauches n’égale pas celui des carnets de commandes, en ce début d’année.

Sur Find your Future, la plateforme mise en place par Swissmem, on compte désormais 3100 offres d’emploi, contre 2700 il y a six mois. Une hausse qui traduit une confiance mesurée, mais surtout une grande hétérogénéité, en fonction des débouchés de chacun. «L’Europe s’est étonnamment mieux reprise que les Etats-Unis au premier trimestre; le secteur automobile souffre, quoique l’électromobilité soutienne un peu l’activité», énumère Philippe Cordonier pour illustrer cette diversité des situations. «Une partie des nouvelles offres d’emploi est liée à l’effet de rattrapage dans les marchés. On ne peut pas encore dire que la reprise est pérenne», confirme-t-il également.

Les sous-traitants attendent

Dans l’horlogerie en tout cas, le nombre d’offres augmente chaque jour, sur la plateforme Job Watch. «La reprise était timide en novembre, elle est beaucoup plus nette depuis le mois de mars», indique Benoît Fontaine, le directeur général de la société basée à Neuchâtel. A l'été 2020, moins de 100 annonces étaient disponibles. On en décompte désormais plus de 280. Les inscriptions de candidats sur le site sont aussi en augmentation. De la part de personnes qui sont au chômage, mais aussi de personnes en emploi qui «osent de nouveau essayer de changer d’employeur».

Après une recrudescence d’offres pour les métiers de la vente et du marketing en début d’année, celles pour les métiers techniques et de production sont désormais majoritaires, ce qui montre une anticipation d’une reprise imminente, poursuit Benoît Fontaine. «Il y a un bouillonnement, le deuxième semestre et le début de 2022 devraient être très dynamiques.» Pour l’instant, néanmoins, une certaine retenue persiste. Les recrutements sont plus ponctuels et les grandes marques sont plus enclines à engager que les PME, notamment chez les fournisseurs. «Les sous-traitants attendent que la reprise de la demande observée par les marques se confirme pour eux aussi.»

Rattrapage d’après-covid ou véritable reprise? Tout le monde semble se poser la même question, à l’heure d’adapter ses effectifs. Tout le monde, sauf Decathlon.

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