Nouveaux doutes sur la réalité des exportations chinoises

Et si une part importante des exportations affichées par la Chine était fausse? Cette hypothèse apparaît crédible, si l’on se penche de près sur les chiffres. C’est le travail que vient d’effectuer l’agence Bloomberg.

Celle-ci a comparé les exportations chinoises vers Hongkong, telles qu’elles figurent dans les statistiques chinoises, aux importations venues de Chine présentées par le territoire de Hongkong. Bilan: alors que ces deux chiffres devraient être équivalents, le premier a dépassé le second de 56% en septembre. Quand Pékin constatait 37,6 milliards de dollars d’exportation, Hongkong ne voyait entrer sur son territoire que des marchandises d’une valeur cumulée de 24,1 milliards de dollars.

Derrière cette incohérence comptable pourrait bien poindre, à nouveau, un phénomène déjà observé l’année dernière, et contre lequel Pékin a bataillé: la dissimulation de flux de capitaux spéculatifs. Alors que la Chine fait tout son possible pour empêcher ces derniers d’entrer sur son territoire, certains investisseurs déguisent en transactions commerciales de purs mouvements de fonds: il suffit d’une facture portant sur la vente de marchandises fictives pour permettre à celui qui se présente comme acheteur de faire passer sur le territoire chinois des capitaux.

Il s’agirait notamment d’un mouvement de spéculation sur le yuan. De fait, la devise chinoise a connu, le mois dernier, un nouveau mouvement de hausse qui pourrait avoir aiguisé les appétits. Si ce phénomène mérite d’être observé de près, c’est parce que le commerce extérieur était récemment apparu comme l’un des rares points de solidité dans une économie chinoise en manque de moteurs. S’il s’avère que les exportations chinoises sont nettement moins élevées qu’il n’y paraît, c’est un coup dur pour la deuxième économie mondiale.

Pékin s’apprêterait à fusionner ses deux fabricants de trains

La rumeur avait déjà enflé il y a quelques mois, obligeant les principaux intéressés à publier un démenti. Cette fois, elle semble sur le point de se confirmer. CNR et CSR, les deux fabricants de trains chinois, seraient sur le point d’annoncer un projet de fusion.

Lundi, elles ont suspendu leur cotation sur les bourses de Hongkong et de Shanghai, dans l’attente d’une «annonce majeure». Elles ont précisé que cette annonce interviendrait dans les cinq prochains jours. D’ores et déjà, la presse chinoise affirme que le rapprochement des deux sociétés est acté au plus haut de l’Etat, et avance les noms des institutions et des individus qui vont devoir superviser ce processus de rapprochement.

Le nouvel ensemble pèserait 33,6 milliards de dollars de chiffre d’affaires, si l’on prend comme référence les douze derniers mois, et emploierait un peu plus de 172 000 personnes.

Avec cette fusion, Pékin chercherait à rationaliser son secteur et à présenter un front uni à l’international. Les autorités cherchent en effet à pousser ce secteur industriel hors des frontières chinoises. Elles commencent d’ailleurs à effectuer quelques percées. En juin, l’agence Xinhua annonçait un contrat portant sur la livraison à la Macédoine de six trains rapides.

Et, la semaine dernière, c’est la ville américaine de Boston qui a signé avec CNR un contrat de 567 millions de dollars pour que cette dernière fournisse des rames de métro. Le prix proposé par CNR était très nettement inférieur à celui demandé par les autres participants à l’appel d’offres, et se situait à un niveau à peine supérieur à la moitié de celui du canadien Bombardier.

La Malaisie retient son souffle devant un procès ultra-politique

Jusqu’où ira la mainmise du pouvoir politique malaisien sur la justice? C’est ce mardi matin que s’est ouvert, dans le pays, la phase ultime du feuilleton judiciaire dont Anwar Ibrahim est la cible. Ancien vice-premier ministre, l’homme politique avait été expulsé de la formation politique principale du pays en 1998, dans le cadre de luttes de pouvoir interne, et avait immédiatement été emprisonné pour des actes de corruption et de sodomie – une pratique illégale dans le pays.

Libéré six ans plus tard, il est devenu la figure principale de l’opposition dans le pays, et les ennuis judiciaires d’Anwar Ibrahim ont déjà été la cause de manifestations massives dans le pays, produisant l’effet inverse de celui que recherchaient ses opposants.

Dans le cas présent, c’est encore à une accusation de sodomie que doit répondre l’homme politique. Le scénario du feuilleton judiciaire illustre l’acharnement dont il est victime. En 2012, le tribunal l’avait relaxé, jugeant les accusations infondées.

Mais en mars dernier, ce jugement a été cassé par une Cour d’appel, qui l’a condamné. La Cour fédérale de Malaisie, la plus haute juridiction nationale, entame aujourd’hui deux jours d’audiences, au terme desquels le verdict ultime devra être rendu.

A Pékin, Hubert Védrine interroge la relation France-Chine

A l’occasion d’une visite en Chine, l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine a tenu, lundi après-midi, une conférence dans la capitale chinoise, devant une audience franco-chinoise réunie par la Fondation France-Chine, dans le cadre d’un programme baptisé «Young Leaders».

S’employant à dresser la carte d’un monde «qui grouille d’intervenants» au point d’être menacé d’une forme de «chaos stratégique», il a jugé que les relations internationales étaient marquées par la tendance au déclin d’une vingtaine de puissances anciennes, face auxquelles les pays émergents bouleversent la donne sans pour autant représenter un bloc suffisamment homogène pour définir une trajectoire mondiale cohérente. En particulier, il a fait part de ses doutes au sujet du rapprochement à l’œuvre entre Moscou et Pékin, car il restera «longtemps un fond de méfiance» entre la Russie et la Chine.

Dans ce contexte, il a estimé que la Chine avait «déjà émergé» et poussé la France à voir plus loin dans sa relation bilatérale avec la deuxième puissance économique mondiale. En pleine année de commémoration des cinquante ans des relations diplomatiques entre les deux pays, Hubert Védrine met en garde la France contre sa tendance à être «championne du monde des commémorations sans fin». Il insiste surtout sur la nécessité d’apporter une «vraie valeur ajoutée» dans le discours politique ou économique afin que «les Chinois ne soient pas condamnés à ne parler qu’avec l’Allemagne» lorsqu’ils cherchent à interagir avec l’Europe.

Un chantier qui «dépend largement de nous», a-t-il ajouté, car il «suffirait que la France se réforme» pour que le décrochage de l’Hexagone par rapport à son voisin allemand se résorbe partiellement, et que sa stature en sorte renforcée aux yeux de Pékin.