Les groupes chimiques américains Dow Chemical et Union Carbide ont annoncé mercredi un projet de fusion pour un montant de 11,6 milliards de dollars (environ 17,4 milliards de francs suisses). Par ce rapprochement, ils vont ainsi créer le deuxième plus grand groupe mondial du secteur de la chimie – derrière Du Pont – et passent devant l'allemand BASF. La nouvelle entité dégagera un chiffre d'affaires global de 24 milliards de dollars pour un bénéfice opérationnel de 3 milliards de dollars, avec une capitalisation boursière d'environ 35 milliards et des actifs de plus de 30 milliards. Elle emploiera 49 000 personnes dans 168 pays et s'établira au 50e rang du classement Fortune 500 des 500 plus importantes compagnies américaines.

Absorption d'Union Carbide

Par cette fusion, qui pourrait être effective au premier semestre 2000, les deux géants entendent réduire leurs coûts de 500 millions de dollars sur une période de deux ans. Un laps de temps considéré comme «rapide» selon Frédéric Girod, analyste financier auprès de la Banque Edouard Constant. Le rapprochement devrait se traduire par des réductions d'emplois qui atteindront environ 4% des effectifs actuels combinés de Dow Chemical et d'Union Carbide, soit environ 2300 emplois, opérées essentiellement par non-renouvellement des postes vacants. Un objectif «pas énorme», constate l'analyste.

Il n'en demeure pas moins que les buts visés par le nouveau mastodonte sont importants. William Stavropoulos, patron de Dow Chemical, a notamment déclaré: «Ensemble, nous allons créer une société mondiale avec une vision, une profondeur dans la gestion et une prédominance technologique afin de parvenir à nos objectifs financiers ambitieux, notamment une croissance annuelle du bénéfice par action supérieure à 10% au cours de ce cycle.» A plus long terme, «cette transaction permettra de faire de Dow la société la plus productive et celle à la plus forte croissance de l'industrie chimique», a-t-il encore commenté.

La fusion se déroulera sous forme d'échange d'actions. Les actionnaires d'Union Carbide vont recevoir 0,537 action de Dow Chemical pour chacun de leurs titres. Sur la base du prix de clôture de l'action Dow Chemical de 124,687 dollars le 3 août, la transaction valorise Union Carbide à 66,96 dollars pour 48,812 dollars mardi en clôture soit une surcote de 37%. Dans la réalité, c'est Dow Chemical qui absorbe Union Carbide. Aussi, pour bénéficier de l'exemption fiscale prévue par la loi américaine dans le cas des fusions considérées comme «regroupement d'intérêts», Dow va émettre avant la fusion 3,8 millions d'actions à l'intention des actuels actionnaires d'Union Carbide qui posséderont ainsi 25% de la nouvelle compagnie issue de la fusion.

Dow Chemical, basé à Midland (Michigan), a souligné que l'acquisition d'Union Carbide, dont le siège est à Danbury (Connecticut), lui apporterait des bénéfices dès la première année après sa finalisation, prévue pour la fin du premier trimestre 2000. Le siège de la nouvelle société, qui gardera le nom de Dow Chemical, sera à Midland.

Une industrie chimique en pleine consolidation

La fusion intervient alors que le secteur de la chimie connaît une importante restructuration, plusieurs groupes ayant décidé de se retirer du secteur pour se concentrer sur les biotechnologies. «C'est la bonne opération au bon moment», a souligné William Joyce, patron d'Union Carbide, qui rejoindra le conseil d'administration de Dow Chemical avec un autre membre du conseil d'Union Carbide. «Dans une industrie chimique en pleine consolidation avec moins de groupes mais plus puissants, le rapprochement de Dow et d'Union Carbide va créer une nouvelle référence pour le secteur», a-t-il affirmé. Des propos confirmés par Frédéric Girod, qui s'attend à ce que le secteur subisse d'autres fusions et regroupements. En effet, «la chimie connaît une surcapacité de production relativement importante dans le monde», précise-t-il. «Ces fusions permettront de fermer des usines, concentrer la production sur quelques sites et rationaliser les coûts», ajoute-t-il. Mais la pression est aujourd'hui grande sur les autres acteurs du secteur. «Il y aura des fusions et des spin-off aussi bien dans la chimie de base que dans les spécialités», affirme-t-il.

Reste que pour l'analyste, l'«absorption» d'Union Carbide par Dow Chemical s'inscrit dans la deuxième vague de la stratégie menée par Dow Chemical depuis quelques années. Le groupe s'est engagé en 1993 dans une restructuration interne qui a vu une réduction des coûts de fonctionnements de 2,2 milliards de dollars et la vente pour un total de 10 milliards de dollars d'actifs considérés comme non stratégiques. Parallèlement, Dow Chemical a acquis plusieurs autres sociétés, pour un montant total d'également 10 milliards de dollars.