Oublié, Jean-Claude Trichet! Moins d’un an après son arrivée à la tête de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi a su faire oublier son prédécesseur français et s’imposer comme l’interlocuteur incontournable sur l’approfondissement de la zone euro.

Jeudi à Francfort, son tableau plutôt sombre de la situation économique – «les risques que nous avions identifiés se sont matérialisés» a-t-il expliqué – a largement contribué au scepticisme généralisé des marchés, malgré l’annonce historique de la baisse du taux directeur de la BCE à 0,75%. «Draghi est notre boussole. La dernière…» confirme-t-on dans l’entourage d’Olli Rehn, le commissaire chargé des Affaires économiques, avant la réunion des ministres des finances de la zone euro le 9 juillet à Bruxelles.

La boussole Draghi est d’autant plus suivie que le comité de direction de la BCE (cinq personnes en plus de son président, toutes nommées par le Conseil européen) a été, en un an, presque totalement renouvelé. Le seul rescapé de l’ère Trichet est le vice-président de l’institut d’émission, le portugais Victor Constancio. Les nouveaux venus, arrivés en 2011-2012, sont le Belge Peter Praet, nommé économiste en chef, l’Allemand Jörg Asmussen et le Français Benoît Cœuré. L’ultime siège est aujourd’hui l’objet d’une bataille entre les partisans du Luxembourgeois Yves Mersch, défendu par son premier ministre – et président sortant de l’eurogroupe – Jean-Claude Juncker – et les tenants d’une candidature féminine (tous les membres du Conseil des gouverneurs étant des hommes). «On ne mesure pas le poids de ces changements, explique un familier de l’institution. Trichet butait toujours sur Jürgen Stark (l’ancien économiste en chef allemand de la BCE, démissionnaire en septembre 2011). Draghi, lui, a un boulevard devant lui pour imprimer sa marque.»

Un look très british

Le patron de la BCE joue aussi beaucoup de ses réseaux, et de son entregent dans la presse financière anglo-saxonne. Son passage décrié chez Goldman Sachs, dont il fut vice-président de la branche européenne entre 2000 et 2005, a permis à l’ancien gouverneur de la banque d’Italie d’être adoubé par les marchés. Il cultive un look très british et parle franc à l’américaine, en américain. Alors que Jean-Claude Trichet, négociateur du Traité de Maastricht, ne s’était jamais départi de son accent français et de son image de haut fonctionnaire.

«Lorsque Draghi réclame aux dirigeants de la zone euro un calendrier clair de réforme, il emploie le langage des banques» estime la députée européenne libérale française Sylvie Goulard. Un avantage, au moment où la BCE se retrouve au cœur de la future supervision bancaire commune dont la zone euro a promis d’accoucher d’ici à fin 2012: «Draghi et sa «dream team» impressionnent, poursuit-on à la Commission. Ils profitent à plein du fait que la BCE est le dernier instrument communautaire dont la crise n’a pas érodé la crédibilité.»