Emploi

Drôle de reprise économique pour les salariés français

Les bons résultats économiques de la France n'empêchent pas les plans sociaux de se multiplier. Pour beaucoup de salariés, la flexibilité du marché du travail rime d'abord avec précarité

Une ovation présidentielle du côté de Toyota. Une barricade et un piquet de grève du côté d’Ascoval. A Valenciennes ces derniers jours, les deux aspects du quinquennat Macron sont apparus au grand jour.

Lundi 22 janvier, le président français était reçu sous les applaudissements lors de sa visite de l’usine automobile nipponne, l’un des investissements étrangers les plus en vue de l’Hexagone. Tout autre réalité cette semaine, aux abords de l’aciérie du groupe Ascometal à Saint-Saulve, proche de la métropole nordiste: ici, la reprise de l’entreprise par le suisse Schmolz + Bickenbach, annoncée mardi, signifiera sans doute la fermeture du site, même si les autres implantations du groupe seront sauvées et 1300 emplois maintenus. «La flexibilité nouvelle du marché du travail vantée par l’Elysée devant les patrons étrangers à Versailles, puis lors du Forum de Davos, est un concept qui fragilise d’abord les salariés. C’est un fait», expliquait récemment au New York Times l’économiste Jean-Paul Fitoussi.

Une croissance sans emplois

Le chiffre brandi par le gouvernement est, ces jours-ci, celui de la croissance 2017. Avec 1,9%, soit son plus haut niveau d’activité économique depuis six ans, la France paraît avoir tourné pour de bon la page des années de crise. Ce que confirme la projection de 2% pour 2018.

Problème: le moteur de cette reprise n’est guère favorable à l’emploi. En légère baisse en décembre (0,1%), le nombre de demandeurs d’emploi est resté accroché aux sommets en 2017, avec près de 5 millions de chômeurs, toutes catégories confondues. Coté conjoncture, le bond de la consommation a en outre surtout profité, durant les fêtes de fin d’année, aux produits importés.

Plus préoccupant: la grande majorité des entreprises, affairées à réduire leurs coûts pour retrouver leur compétitivité, gardent le frein sur l’embauche, voire concoctent des plans massifs de départs volontaires. A l’instar de celui soumis en janvier aux partenaires sociaux par la direction du groupe automobile PSA (Peugeot-Citroën), désireuse de voir partir 1300 personnes dans le cadre de la nouvelle procédure de rupture conventionnelle collective.

«Des contrats précaires»

«Qu’appelle-t-on réforme du marché du travail? questionnait encore récemment le patron du syndicat CGT, Philippe Martinez, à un groupe de correspondants européens. Est-ce, comme on le voit dans de nombreuses entreprises, la mise en œuvre d’une politique de l’emploi à deux vitesses, où l’on pousse les plus âgés et les plus expérimentés vers la porte, tandis que l’on embauche des jeunes avec des contrats plus précaires?»

Outre PSA – qui promet d’embaucher 1300 jeunes en 2018 –, un autre cas emblématique est celui de Carrefour. Le 23 janvier, le nouveau président du groupe de distribution, Alexandre Bompard, a annoncé 2400 départs volontaires cette année, grâce aux dispositifs légaux votés en début de quinquennat. Des débuts bien peu sociaux pour cet ancien patron de la FNAC, connu pour son engagement aux côtés du candidat Macron: «Qui a embauché parmi les soutiens patronaux de l’actuel président? Où sont les emplois créés par les piliers du CAC 40 qui rêvaient de le voir accéder à l’Elysée?, interroge un ex-collaborateur du groupe Bolloré, devenu autoentrepreneur, comme plus de 1,2 million de Français en 2017. Il manque toujours à Macron une ou deux annonces fortes.»

Le problème des jeunes

Pour remédier à cette image d’un gouvernement plus préoccupé par l’attractivité que par les créations d’emplois, Emmanuel Macron a rappelé en début d’année l’importance qu’il accorde à la réforme de l’apprentissage. Il en sera beaucoup question lors du Salon de l’apprentissage et de l’alternance, les 2 et 3 février à Paris, que doit inaugurer la ministre du travail Muriel Pénicaud, une ancienne dirigeante des groupes Danone et Dassault, défenseur de «l’inversion des normes» qui concentre désormais les négociations sociales dans les entreprises.

Sauf que les lois destinées à instaurer une plus grande flexibilité dans la formation professionnelle, et un rapprochement entre monde de l’entreprise et celui de l’éducation nationale, ne sont encore qu’à l’état de projets. Et que 25% des 15-24 ans, en France, restent toujours privés d’accès au marché du travail.

Publicité