Les drones civils loués par des start-up romandes se multiplient dans le ciel suisse

Aéronautique Ils filment des mariages ou surveillent des travaux

Les géomètres figurent parmi les principaux adeptes

Les drones n’envahissent pas encore le ciel mais les sociétés romandes qui en fabriquent ou qui en louent sont toujours plus nombreuses. Au-delà du jouet ou du drone militaire, cet objet volant sans pilote et doté d’un certain ­niveau d’autonomie permet d’effectuer différentes applications civiles professionnelles. Contrôle d’exploitations agricoles, mesure des volumes extraits d’une mine, surveillance de travaux ou services d’imagerie: les débouchés sont quasiment sans limites.

La société Easy2map à Epalinges utilise des drones autopilotés, embarquant une caméra numérique compacte, pour offrir des services de cartographie aérienne à faible coût. «Les drones ont révolutionné la photogrammétrie. Cette activité redevient attractive. Nous générons des plans très précis. Tout détail de plus de 20 centimètres peut-être représenté, à l’exemple de la tuile d’un toit, explique François Gervaix, directeur d’Easy2map, présent lors d’une conférence organisée par l’association Alliance le 16 mai dernier à Ecublens. Les drones permettent d’effectuer des tâches de manière moins onéreuse, moins bruyante et moins polluante qu’avec un avion ou un hélicoptère.»

Easy2map travaille essentiellement pour des architectes, des géomètres et les services de l’agriculture ou des forêts des cantons. En dix-huit mois d’existence, la société a décroché une centaine de mandats. Possédant une flotte de dix drones, achetés chez SenseFly – un fabricant vaudois dont la ­majorité du capital a été reprise par le groupe français Parrot –, Easy2map utilise les logiciels de la start-up Pix4D – également reprise par Parrot – pour surveiller des exploitations agricoles, effectuer des relevés topographiques ou reconstituer un paysage avec une précision de quelques centimètres. «La quatrième dimension est bientôt là: celle du temps, souligne François Gervais, qui gère seul le traitement des données. Je propose des cartes continuellement mises à jour pour observer, par exemple dans le temps, l’évolution de travaux.»

Plus de 100 drones sont fabriqués chaque mois chez SenseFly. Cette entreprise basée à Cheseaux-sur-Lausanne et qui emploie 60 collaborateurs a su séduire des clients dans le monde entier. «Seul 10% de notre chiffre d’affaires est réalisé sur le marché helvétique», explique Jean-Christophe Zufferey, fondateur de l’entreprise. Les drones autopilotés de SenseFly, dont le coût unitaire varie entre 10 000 et 20 000 francs suisses, ont pour spécificité d’avoir des ailes fixes et d’être autopilotés. L’utilisateur dessine la zone à survoler sur une carte numérique puis lance le drone, qui vole et atterrit automatiquement. Un logiciel reconstruit également la carte en 3D de la zone survolée à partir des images capturées.

Flyability, à Ecublens, veut aussi se lancer dans la fabrication de drones avec une carapace en carbone, capables de reprendre leur vol après s’être cognés contre un mur ou un obstacle. «Cette faculté est particulièrement utile dans des environnements peu accessibles ou dans des endroits clos, explique Adrien Briod, cofondateur de la société, avec Patrick Thévoz. Généralement, lorsqu’un drone touche un obstacle, il tombe par terre et se casse. Notre drone pourra rester parfaitement stable en l’air. C’est une solution qui protège le drone et les humains.»

Enfin, d’autres sociétés en Suisse romande proposent des services d’imagerie, à l’exemple de Drone With Me à Genève. La société a démarré ses activités en novembre 2013. Elle loue des drones pour filmer des mariages, des événements sportifs ou des soirées d’entreprises. «Nous répondons à toutes sortes de demandes. Nous avons par exemple signé un partenariat avec un courtier immobilier afin de mettre en valeur des maisons destinées à la vente», explique Charlie Nguyen, cofondateur et directeur de Drone With Me. Prix de la location: un minimum de 350 francs de l’heure. Charlie Nguyen se fournit en drones auprès de la Swiss Drone Association, une organisation qu’il a lui-même créée et qui regroupe près de 200 personnes.

Une chaîne de pizzas a également mandaté Drone With Me pour livrer des pizzas à domicile. «C’est un coup marketing», constate Charlie Nguyen. Pourtant, les drones sont également pressentis pour transporter des marchandises. C’est en tout cas le pari de Simon Johnson, un consultant indépendant qui organise avec l’EPFL une course de drones autour du Mont-Kenya qui aura lieu d’ici à 2018: «Les engins volants pourront livrer des colis, notamment en Afrique où l’e-commerce prend son envol mais où il subsiste des problèmes de livraisons via les accès routiers.»

«Les drones sont moins onéreux, moins bruyants et moins polluants qu’un avion ou un hélicoptère»