Finance

DSK visé par la justice: «On aimerait bien savoir où est l’argent», disent ses ex-employés genevois

L’ancien patron du FMI est soupçonné d’escroquerie et d’abus sociaux en lien avec sa société LSK. Une plainte pénale a été déposée à Genève par un client qui avait investi dans la société. Comment le fondateur du groupe et associé de DSK, Thierry Leyne, a-t-il pu creuser une perte de quelque 100 millions, sans que personne ne voie rien?

C’est une faillite cruelle, qui laisse beaucoup d’amertume. Notamment à Genève, où LSK, l’ancienne société luxembourgeoise de Dominique Strauss-Kahn et de son associé Thierry Leyne, possédait une succursale active dans la gestion de fortune.

LSK est aujourd’hui au coeur d’une enquête judiciaire portant sur la disparition de quelque 100 millions de francs, selon les médias français. En Suisse, ses anciens dirigeants se demandent comment Thierry Leyne a pu à ce point tromper ses clients, ses employés et ses associés, sans que les régulateurs et les comptables du groupe ne s’aperçoivent de rien.

Selon les informations obtenues par Le Temps, une plainte pénale a été déposée à Genève en décembre 2014 par un client saoudien, qui dit avoir investi pour acquérir des parts de la société LSK. Ce client explique avoir perdu un demi-million d’euros dans l’opération. Selon les premiers éléments de l’enquête, les fonds, versés à Genève, auraient fini en Israël. Le premier procureur Yves Bertossa, chargé de la section des affaires complexes, confirme l’ouverture d’une procédure en relation avec cette plainte. Il précise aussi n’avoir, en l’état, reçu aucune demande d’entraide française concernant ce dossier.

Editorial: «LSK-DSK, le risque de la confusion judiciaire»

Dernier développement dans cette affaire: le parquet de Paris a ouvert le 28 juillet une enquête préliminaire contre Dominique Strauss-Kahn pour escroquerie et abus de biens sociaux en lien avec son ancienne société d’investissement luxembourgeoise, désormais en faillite, ont annoncé vendredi France Inter et Le Parisien magazine.

L’ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI) était déjà visé par une plainte déposée le 30 juin par un ex-actionnaire de LSK, Jean-François Ott, qui «a perdu les 500 000 € qu’il avait investis dans le groupe». Depuis, «une seconde plainte a été déposée par un ex-banquier macédonien», a précisé France Inter dans son journal de 06h00.

«La première question que devra se poser la brigade financière de la Police judiciaire de Paris, qui a été saisie de l’affaire, est: comment ont été dilapidés les 100 millions d’euros aujourd’hui réclamés par 156 créanciers de multiples nationalités?» peut-on lire sur le site de France Inter.

LSK a été déclarée en faillite en novembre 2014, quelques semaines après le suicide à Tel Aviv de son fondateur et dirigeant, Thierry Leyne.

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DSK avait quitté la présidence de LSK quelques jours avant ce décès.

La société possédait une antenne à Genève, Rue du Rhône, qui était censée accueillir une partie des activités du groupe. Thierry Leyne avait aussi établi un domicile à Cologny, la banlieue huppée de la ville. Il était encore dirigeant de la société Firstcaution, basée à Nyon et active dans la garantie de loyer.

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Aujourd’hui, la filiale genevoise de LSK a été liquidée, ses employés licenciés. Ses actionnaires, qui étaient aussi les dirigeants du groupe, ont encaissé des pertes. «Selon le liquidateur, Thierry Leyne a apparemment fraudé le groupe», confie au Temps une source genevoise proche de LSK.

«On a découvert cela avec effroi», poursuit cette source. Selon elle, «DSK, comme les autres dirigeants, s’est fait avoir par Thierry Leyne», décrit comme un personnage brillant, beau parleur, qui adorait faire du «name-dropping» pour séduire les investisseurs.

L’avocat de Dominique Strauss-Kahn, Jean Weil, a affirmé à France Info que son client avait lui-même été abusé, qu’il n’avait aucune fonction opérationnelle dans LSK, et que sa signature avait été contrefaite dans les procès-verbaux du conseil d’administration.

«On ne sait pas ce qui s’est passé, poursuit notre source genevoise, on ne sait pas où est l’argent, on ne sait pas comment une chose pareille a pu se passer alors que le groupe était audité par les Big Four», les grands cabinets d’audit internationaux, censés vérifier la véracité des comptes des entreprises.

Selon l’Agence France presse, qui reprend les médias français ayant enquêté sur l’affaire, le cabinet Ernst &Young avait émis «des réserves sur la valeur réelle des filiales de LSK. Puis, à l’automne 2013, incapable d’attester de la sincérité des bilans qui lui sont présentés, il démissionne de son mandat de commissaire aux comptes.»

La source interrogée par Le Temps s’étonne que LSK ait pu procéder à des dizaines d’augmentations de capital, et émettre une obligation qui était cotée à Euronext, pour ensuite disparaître corps et bien avec l’argent de ses investisseurs. LSK avait l’agrément de la Finma, le gendarme des marchés financiers suisses, et de la banque de France. «Je ne comprends pas que personne ne se soit posé de questions», regrette notre interlocuteur.

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