C’est un revirement, au Mexique, à Dubaï, en Tanzanie. Largement dépendantes du tourisme, ces destinations avaient, malgré le Covid-19, laissé les frontières ouvertes pour accueillir leurs clients internationaux. A présent, elles déchantent. Le nombre de cas d’infection y a explosé ces dernières semaines, au point que des restrictions sanitaires y ont été imposées. Un sale coup pour leur économie.

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Globalement, le tourisme mondial a enregistré en 2020 les plus mauvais résultats de son histoire, les arrivées internationales chutant de 74%, selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). A l’échelle mondiale, le nombre d’arrivées a baissé de un milliard par rapport à 2019, suite aux restrictions sur les voyages. En guise de comparaison, la crise économique mondiale de 2009 s’était traduite par une baisse de 4%. Les pertes de recettes s’élèvent à 1300 milliards de dollars, soit onze fois la perte enregistrée pendant la crise de 2009. A présent, la pandémie menace de 100 à 120 millions d’emplois directs.

■ Dubaï, ses cinq-étoiles, ses bars, ses plages

A Dubaï, le tourisme, qui compte jusqu’à 5% du produit intérieur brut (PIB), est l’un des moteurs de l’économie, et ce sans compter la part d'Emirates, la compagnie aérienne nationale, qui relie l’émirat au monde. A coups de rabais et d’autres promotions, le pays s’était imposé comme une destination sûre et prestigieuse, avec ses cinq-étoiles, ses bars, ses plages et ses grands centres commerciaux.

Il n’y avait pas de tests à l’arrivée et les hôtels étaient remplis à 71% en novembre. Depuis le début de l’année, la fête est finie. Le nombre de cas est passé de 1506 le 29 décembre à 2250 dimanche dernier. Selon le quotidien Gulf Times de lundi, le taux d’occupation des hôtels ne dépassera pas le 70% pendant tout le mois de février. Les bars et les pubs sont par ailleurs fermés jusqu’à la fin du mois.

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■ Le Mexique, du rêve au cauchemar

Si Dubaï, où le PIB par habitant est de 37 750 dollars (en 2019), a limité les dégâts, d’autres destinations paient un tribut beaucoup plus lourd. C’est le cas du Mexique, où le tourisme représente 13,2% du PIB et le revenu par habitant s’élève à 8900 dollars par année. Pour les Américains et Canadiens, mais aussi pour les Européens voulant échapper aux restrictions liées au covid, Cancun, Tulum et d’autres stations balnéaires étaient des destinations de rêve. Pas de tests et pas de quarantaine à l’arrivée: les autorités avaient ouvertement joué la carte de l’économie.

Le paysage a maintenant changé. Le Mexique est l’un des pays les plus frappés par la pandémie. Le nombre de nouvelles infections dimanche s’élevait à 3100, après avoir atteint un pic à 10 800 le 27 janvier. Le taux d’occupation des hôtels a baissé à 50% en décembre, contre 70% en temps normal.

Pour Reza Etemad-Sajadi, professeur associé à l’Ecole hôtelière de Lausanne, les pays où le tourisme apporte une grande contribution à l’économie en termes de devises et d’emploi se sont retrouvés face au choix difficile d’arrêter le virus ou de sécuriser l’économie. «Chaque pays suit sa logique, mais la prévalence d’une population plutôt jeune a plaidé pour plus d’ouverture, fait-il remarquer. Surtout, tous les pays n’ont pas la capacité financière de venir en aide au secteur comme c’est le cas en Europe.»

■ La Tanzanie, là où les prières chassent le covid

Le cas le plus emblématique est celui de la Tanzanie, y compris Zanzibar, son île mythique qui attire des touristes en tout temps. Le tourisme représente 4,3% du PIB dans l’ensemble du pays et 20% à Zanzibar. Les autres secteurs économiques, notamment les mines, ont tourné au ralenti en 2020 et l’Etat a décidé de maintenir les frontières ouvertes aux touristes. Le mois dernier encore, KLM opérait une navette quotidienne entre Amsterdam et Zanzibar. Et l’Etat tanzanien prétendait que les prières avaient chassé le Covid-19.

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La fête est aussi finie en Tanzanie. Plusieurs hauts responsables sont décédés récemment, dont le vice-président de Zanzibar et le chef de la fonction publique. Dimanche, c’est le directeur de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui a personnellement exhorté la Tanzanie à protéger sa population.