En Suisse, le nombre des détenteurs d'actions, qui atteignait 1,7 million en l'an 2000, est redescendu à 1,3 million en 2002. Ce sont principalement les investisseurs à faible revenu qui se sont retirés de la Bourse. La corrélation entre la chute des cours et la diminution du nombre des actionnaires apparaît clairement. Cela ressort d'une étude du Swiss Banking Institute de l'Université de Zurich.

En 1990, seulement 8% des Suisses possédaient des actions et à fin 1996, ils n'étaient encore que 12%. Mais à partir de ce moment-là, le mouvement s'était accéléré. A la faveur des hausses boursières extraordinaires, la proportion des Suisses investissant en actions s'est accrue à la vitesse grand V, allant jusqu'à 31,9% de la population en 2000. A ce moment-là, elle dépassait d'ailleurs celle des Américains, qui ne s'élevait qu'à 26%. Depuis, elle est, semble-t-il, restée plus ou moins stable aux Etats-Unis, mais s'est donc à nouveau contractée en Suisse, à 24,3%, sous l'effet de l'effondrement des Bourses.

A la pointe de l'euphorie boursière, on parlait avec fierté de l'apparition en Suisse d'un véritable «capitalisme populaire» à l'américaine. Aujourd'hui, on constate qu'il faut à tout le moins nuancer. Seulement 8,1% des particuliers appartenant à la catégorie de revenus se situant entre 3000 francs et 4500 francs, sont encore détenteurs d'actions. Pour les rémunérations se situant entre 4500 francs et 10 000 francs, la baisse est également très sensible. Parmi les particuliers qui touchent entre 10 000 francs et 20 000 francs mensuels, la diminution du nombre des détenteurs d'actions est en revanche relativement faible, et pour les revenus s'élevant à 20 000 francs ou plus, elle se révèle pratiquement inexistante.

Mouvements de transfert

Toujours plus proche du modèle américain que les autres parties du pays, la Suisse alémanique reste plus fortement «actionnarisée» que la Suisse romande et le Tessin. La proportion des détenteurs d'actions s'y élève encore à 25,3% (contre 32,4% en 2000), alors qu'elle n'est plus que de 13,6% (contre 23,1%) en Suisse romande et de 12,8% (contre 18,1%) en Suisse italienne.

La proportion des particuliers qui investissent directement en actions a diminué de 29,6% de la population à 21,8%; celles des détenteurs de fonds de placement, de 37,8% à 32%. Seuls 2,3% (contre 2,9%) recourent à des produits dérivés. Il apparaît donc clairement qu'il n'y a pas eu un mouvement de transfert des actions vers les fonds d'investissement: ceux qui se sont retirés de la Bourse en sont bel et bien sortis complètement. En revanche, dans la même période de deux ans depuis 2000, la part des assurances-vie dans les portefeuilles des actionnaires restants a fortement augmenté, de 48,5% à 61,3% selon les experts du Swiss Banking Institute.

Le portefeuille typique du particulier se compose surtout de blue chips helvétiques, avec un faible pour le secteur pharmaceutique. En moyenne, les investisseurs possèdent des titres de trois sociétés différentes. L'actionnaire de 2002 s'informe davantage que celui de l'an 2000, en lisant notamment des rapports annuels. Si la presse écrite reste sa principale source d'information (75% des actionnaires la citent en premier, contre 90% en 2000), il recourt de plus en plus à Internet. Plus de la moitié des particuliers disent y trouver leur information financière, et cette proportion monte à près de 80% chez les 18 à 29 ans. L'utilisation des moyens électroniques pour les transactions progresse également. Selon l'étude de Swiss Banking, un quart des investisseurs, et surtout près de la moitié des moins de 30 ans, passent leurs ordres en ligne.