«Les discussions ont clairement démontré que la situation est sérieuse», a indiqué à l’ATS Daniel Lampart à l’issue de la réunion à laquelle il a assisté. Le responsable du secrétariat central de l’Union syndical suisse (USS) a toutefois jugé insatisfaisante la discussion sur les éventuelles mesures pour contrer l’appréciation du franc.

Les participants à la séance ont évoqué des mesures telles qu’un lien du franc avec l’euro ou un accord pour éviter la spéculation sur les devises. Toutefois, les représentants des banques et des organisations patronales s’y sont opposés, a poursuivi Daniel Lampart.

Hans-Ulrich Bigler, directeur de l’Union suisse des arts et métiers (USAM), s’est en revanche montré satisfait de ces discussions. Celles-ci ont correspondu à ses attentes, a-t-il précisé. La rencontre visait d’ailleurs plus à faire l’état des lieux qu’à prendre des décisions.

A son avis, il est primordial que la Banque nationale suisse (BNS) puisse continuer de mener sa politique monétaire en toute indépendance. Les discussions ont également démontré que les entreprises exportatrices ne sont pas les seules à souffrir de l’appréciation du franc. De nombreux importateurs ne répercutant pas les gains de changes qu’ils réalisent, mettent à rude épreuve les marges de nombre de petites et moyennes entreprises

L’euro s’est apprécié d’environ 5 centimes cette semaine pour valoir vendredi un peu plus de 1,29 franc. Le léger affaiblissement du franc suisse intervient alors que les tensions touchant le Portugal et l’Espagne se sont apaisées ces derniers jours. Tous deux ont réussi à placer des emprunts obligataires à des taux moins élevés que craint, écartant dans l’immédiat le spectre d’une intervention des autres membres de la zone euro.

La monnaie unique européenne s’échangeait ainsi à 1,2933 franc vers 9h00 vendredi matin, soit un centime de plus que jeudi soir. Sur l’ensemble de la semaine, elle a même progressé de quelque 5 centimes par rapport à lundi, jour où elle valait 1,2434 franc.

Fin décembre, l’euro avait touché son plus bas niveau historique face à la devise helvétique, à 1,2396 franc. En l’espace de trois ans, il a perdu environ 40 centimes. Depuis janvier 2010, la perte atteint plus de 15 centimes. A son lancement, il y a douze ans, l’euro se situait à 1,60 franc.

L’évolution de ces derniers mois, en particulier le passage sous 1,40 franc, puis sous 1,30 franc, a causé une inquiétude croissante au sein de l’économie suisse, en particulier auprès de l’industrie d’exportation, qui si elle ne peut pas augmenter ses prix en euros voit ses marges diminuer.

Pour répondre à cette inquiétude, le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO), à l’initiative du conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, avait décidé de consacrer la réunion trimestrielle de vendredi de la Commission de la politique économique à la question du franc fort et des conséquences.

Il s’agit d’un organe extraparlementaire consultatif présidé par le Secrétaire d’Etat à l’économie Jean-Daniel Gerber. Elle réunit des représentants des principaux secteurs économiques, comme entre autres economiesuisse, l’Union patronale suisse et l’Union syndicale suisse.

L’impact de la hausse du franc est diversement apprécié. Alors que la Banque nationale suisse y voit en danger, notamment pour les exportations, le Seco estime que l’économie suisse serait gagnante à long terme. Les banques qui se définissent comme «industrie d’exportation» se disent souffrir de l’instabilité de la monnaie suisse. Enfin les syndicats estiment que l’appréciation de l’euro peut entraîner la perte de plusieurs milliers d’emplois dans le pays.