Le CTE de Meyrin – un centre du groupe DuPont dédié aux matériaux à hautes performances – a investi dans un nouveau laboratoire. Cette unité de recherche de plus de 400 mètres carrés, dédiée aux capteurs photovoltaïques, a été inaugurée lundi en présence notamment d’Ellen Kullman, directrice générale de DuPont. Le groupe, qui s’affranchit chaque jour davantage de la pétrochimie et qui s’est fixé des objectifs ambitieux en matière de développement durable, s’attend à ce que sa gamme de produits photovoltaïques (films de protection, résines et pâtes, notamment), dépasse le milliard de dollars de chiffre d’affaires d’ici à 2012 alors que ses ventes totales ont atteint 26 milliards de dollars en 2009.

Chimiste de formation, arrivé chez DuPont il y a plus de vingt ans, Philip Boydell dirige ce nouveau laboratoire photovoltaïque à Meyrin.

Le Temps: Quelle somme a été investie pour mettre en place ce nouveau centre de recherche?

Philip Boydell: Les investissements totaux planifiés se montent à 5 millions de dollars.

– Quel est le rôle du laboratoire de Meyrin?

– Nous développons des technologies qui permettent de répondre aux défis de l’industrie photovoltaïque: diminuer les coûts du système, améliorer le rendement des cellules solaires, tout en augmentant la durée de vie. L’objectif visé est d’atteindre la parité réseau le plus rapidement possible. A ces fins, nous collaborons avec des instituts de recherche et de nombreux partenaires externes. En revanche, nous ne faisons pas de production industrielle mais produisons des matériaux utilisés dans ces modules.

– Quel est votre projet de recherche le plus abouti?

– Il s’agit de panneaux photovoltaïques intégrés directement à la toiture du bâtiment. Ils transforment la lumière des rayons du soleil en électricité. Le système se compose d’un générateur photovoltaïque muni d’un cadre en matériau composite, et non en aluminium, moulé en une seule pièce. Ce cadre sert également de couverture et d’étanchéité pour la toiture. Rapides et faciles à installer, ces panneaux s’intègrent au toit harmonieusement.

Dans un premier temps, ce système, qui permettra de remplacer les tuiles d’un toit, sera destiné au marché résidentiel français, où il est sur le point d’être commercialisé. En cas de succès, nous viserons par la suite le sud de l’Europe.

– Quels sont les autres projets en développement?

– Un axe de recherche consiste à augmenter le rendement des cellules solaires en laissant passer plus de lumière. Les cellules actuelles ne savent transformer en électricité qu’une partie du spectre solaire entre l’infrarouge et le proche ultraviolet. Nous développons de nouveaux emballages qui visent à améliorer la transparence à la lumière bleue/UV en remplaçant notamment le verre par du Teflon. Nous espérons ainsi accroître le rendement des modules monocristallins de quelques dixièmes de points de pourcentage.

Un troisième axe de recherche consiste à transférer nos compétences en matière d’emballage à l’industrie photovoltaïque. Nous voulons aider l’industrie à produire des modules solaires flexibles en un temps record, environ 1 mètre par seconde. Nous avons des contacts avec différentes sociétés en Suisse et en Europe pour initier ce nouvel axe de recherche.

Plusieurs laboratoires en Suisse sont à la pointe de la recherche mondiale en matière de cellules solaires à couches minces. Collaborez-vous avec ces instituts ou celui des cellules à colorants du professeur Graetzel de l’EPFL?

– Nous collaborons avec plusieurs universités et développons des systèmes pour toutes sortes de technologies. Les cellules solaires à couches minces, dont l’épaisseur se situe autour de 10 micromètres, ont un bel avenir même si leur rendement est pour l’instant encore inférieur aux cellules en silicium cristallin. Nous estimons que les modules réalisés à partir de silicium monocristallin restent les plus compétitifs. Nous nous concentrons en priorité sur cette technologie.